Couverture du Vin Ligérien N°17, mars 2016 : ESCA, Muscadet

Edito du Vin Ligérien n°17 : le Vin et la Fraternité

Le Vin Ligérien n°17 est dans les kiosques ! Un numéro qui fait la part belle aux vignerons du val de Loire, comme toujours ! Exceptionnellement, le magazine s’est également intéressé à un sujet plutôt effrayant : l’Esca. Mais là encore, en regardant la moitié pleine du verre… Petit amuse-bouche avec l’édito de Jean-Claude Bonnaud.

Pas grand-monde n’avait la tête à la fête en cette fin 2015. Ni vraiment le cœur à l’ouvrage. Mais la vie doit toujours l’emporter. Vivre est d’ailleurs plus que jamais un acte revendicatif et l’affirmation d’une liberté chère à notre collectivité pour laquelle il faut se souvenir qu’elle ne trouve sa raison d’être que dans la volonté de conjuguer au quotidien le mot fraternité, sans lequel, répétons-le, les deux autres socles de notre République – liberté-égalité – ne sont que des pieds bancals. Et les discours qui érigent le populisme en fer de lance, qui trouve son alliance dans le dénigrement de l’autre et dans les accents nauséabonds de discussions de comptoir en jouant sur nos perversités intérieures, n’ont pas leur place dans le monde du vin que nous défendons. Qui reste plus que jamais celui de cette fraternité, consubstantielle de la Déclaration des Droits de l’Homme.

Drôle d’introduction pour un éditorial du Vin Ligérien, pouvez-vous penser. Mais j’ai trop entendu, cet hiver, quelques journalistes bien-pensants – puisqu’aujourd’hui c’est être bien-pensants – vomir le souffle de l’exclusion pour rappeler ce qui constitue pour nous le socle minimal commun au fonctionnement de notre société.

Parlons donc de ce vin que nous aimons et que nous continuerons à défendre après quatre années d’existence. Mais à l’heure de ce premier bilan, nous sommes fiers, sans prétendre aucunement à la perfection, d’avoir publié environ 1 800 pages sur les vins de Loire, de l’Atlantique au Sancerrois, avant, au cours de cette année 2016 de redescendre le fleuve un peu plus loin encore, du côté de la Côte Roannaise, par exemple, où nous avons pu apprécier ce joli vignoble méconnu aux surprenants gamays.

Notre cheminement reste sur la ligne droite que nous nous sommes fixée au début de cette aventure : tailler (pour reprendre un terme vinicole) notre route au cordeau autour de notre maxime originelle. A savoir ce slogan que nous avons créé pour Le Vin Ligérien : « La vigne est notre paysage, la Loire notre Histoire, les deux forgent une Culture ».

L’eau et le vin

Dans ce cadre, nous nous sommes particulièrement intéressés, pour ce premier numéro de l’année, au Pays nantais. Ce pays, des muscadets en particulier, que nous défendons mordicus depuis nos débuts. Car nous n’avons pas attendu ces dernières semaines pour mettre le melon de Bourgogne en évidence puisque nous le faisons, d’une manière ou d’une autre, dans chacune de nos éditions. Mais nous sommes allés plus loin encore cette fois en vous proposant un dossier d’une douzaine de pages sur ce vignoble qui représente le plus grand d’Europe en blanc mono-cépage. Et qui bouge. Ce que nous affirmons avec enthousiasme ! Même si la musique, pas toujours harmonieuse, d’un assemblage, entre le melon et le colombard (1), est revenue sur le devant de la scène récemment. Ce qui ne nous semble pas la meilleure idée. Non pas qu’il ne faille pas le faire, mais en appellation, pas sûr que cela assoit une cohérence d’ensemble à l’heure de la mise en avant des crus. Mais on n’est évidemment pas obligé d’être d’accord avec nous…

Nous avons aussi travaillé depuis plusieurs semaines sur un lourd dossier, celui des maladies du bois. En particulier cette maudite Esca qui fait trembler les vignobles français. Il est vrai que les pouvoirs publics et les sphères privées se sont penchées bien tard sur ce sujet qui fait dire aux rapporteurs parlementaires d’une mission conclue l’été dernier que ces maladies du bois pourraient constituer une plaie aussi profonde que le phylloxéra à son apogée, si l’on ne met pas les bouchées doubles pour endiguer ce fléau.

Où en est-on à ce propos ? Nous en examinons les contours, dans les pages qui suivent, sans sombrer dans la sinistrose. Car si aucune parade définitive n’a encore été mise au jour, quelques pistes intéressantes se profilent avec un gros travail, ici ou là, par exemple du Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre-Loire et de son laboratoire, le S.I.C.A.VA.C. Mais d’autres initiatives sont également en cours.

Pour ce qui est de notre rubrique « Des hommes et des femmes de bonne volonté », au travers de laquelle nous vous emmenons, chaque trimestre, à la rencontre de ces belles personnes qui sont à la région Val de Loire ce que l’authenticité est à l’Etre humain, nous avons cette fois choisi de vous embarquer pour quelques uns des ports de la Loire. L’eau, qui sera d’ailleurs notre fil conducteur tout au long de l’année, mais aux côtés du vin, rassurez-vous.

Enfin, nous sommes très fiers, pourquoi le cacher ?, de vous proposer dans ce n°17 du Vin Ligérien l’interview de Philippe Claudel, l’une des plus belles écritures de la littérature contemporaine mais aussi cinéaste depuis quelques années maintenant.

Bonne lecture ! Et au plaisir de vous retrouver tous les trimestres.

  • Vieux cépage charentais.

Jean-Claude BONNAUD,
rédacteur en chef et fondateur du Vin Ligérien