Chinon et côt à l’assaut des marchés

Le côt amboisien séduit le sommelier de Riga

L’œil, et surtout le palais, d’un meilleur sommelier d’Europe 2017 sont à prendre au sérieux. Telle était bien l’intention des vignerons et vigneronnes de l’AOC Touraine qui avaient invité Raimonds Tomsons (ici avec Xavier Frissant, président du syndicat des vins d’Amboise) à donner son avis sur les côts, et particulièrement ceux du Touraine Amboise. Une opération menée conjointement avec l’appellation Cahors où le presque quadra letton s’étaient précédemment penché sur les malbecs. Une opération gagnant-gagnant pour les deux partenaires : agréablement surpris « par la fraîcheur et la qualité du côt » le sommelier – et manager du restaurant Martins Ritins de Riga – a ainsi été confronté à de nouvelles sensations en vue de sa préparation aux championnats du monde de 2019. La future AOC Amboise espère y gagner en visibilité grâce au réseau de ce dernier.

La renaissance du Château de la Grille

La récente présentation du Château de la Grille dans ses nouveaux atours aurait presque fait oublier les 100 000 bouteilles de chinon produites ici chaque année sur ces 30 ha de vignes. Après son rachat en 2009 par Christophe Baudry et Jean-Martin Dutour, et deux ans de travaux récemment achevés, le résultat est à la hauteur de la renaissance espérée. Pour une heure, une demi-journée ou davantage, cet édifice du plus pur style troubadour est désormais en mesure d’accueillir jusqu’à 300 personnes dans les meilleures conditions.

 

Le bonheur du millésime 2018

 Le bonheur, oui, est là dans les vignes pour cette année plus que prometteuse. Elle sera sans doute même immense dans tout le Val de Loire.

Après un printemps pourri, l’été 2018 nous a offert la chaleur de tous ses feux avec une prolongation que l’on a encore ressentie jusqu’à ce mois d’octobre. Les températures se sont quotidiennement révélées supérieures aux valeurs saisonnières. Autrement dit : une année bénie des dieux, si l’on excepte quelques attaques de mildiou ici ou là, pour ce millésime hors du commun.
Les raisins sont magnifiques, les jus, les quantités sont là et les vignerons sont satisfaits. Et l’on sait ce que vaut cette parole de paysan lorsqu’elle affirme que tout va bien… C’est que, vraiment, le doute n’est pas permis et que ce millésime sera un millésime d’anthologie, n’ayons pas peur des mots ! En vertu de quoi, 2018 restera dans les annales vinicoles. Ce que l’on confirme d’ailleurs du côté de l’interprofession, Interloire : « L’estimation des volumes pour les AOC et IGP du Val de Loire grimpe à 2, 9 millions hectolitres (de l’Atlantique au Centre-Loire), contre 2,2 millions en 2017 ; un retour à des volumes normaux après une succession de petites récoltes. » Quant aux vendanges, elles ont été aussi précoces qu’en 2017 et, surtout, se sont passées dans des conditions optimales, depuis la fin août (pour ce qui est des premiers coups de sécateurs en Pays Nantais). Jean-Martin Dutour, Président d’InterLoire, le souligne : « Ces conditions de récolte parfaites en septembre et octobre ont permis de gérer les vendanges dans la plus grande sérénité. Nous sommes sur un millésime exceptionnel, du jamais vu de mémoire de vigneron, riche en qualité et généreux en quantité. Une grande année pour le Val de Loire qui va nous permettre de répondre aux attentes des marchés. »

Du côté du BIVC, le Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre-Loire, son Directeur, Benoît Roumet, souligne surtout le côté « exceptionnel » de ce millésime. « Pour l’instant, ça fermente gentiment dans les caves, tant en blanc qu’en rouge. Mais c’est vrai que nous sommes très agréablement surpris de voir, pour ce que j’ai pu goûter, que beaucoup de sauvignons ont conservé une vraie fraîcheur, alors qu’avec l’été que l’on a connu, on pouvait craindre qu’il en soit autrement. Les équilibres sont donc respectés. Mais nous nous ferons une meilleure idée dans deux ou trois mois. » Quant aux pinots noirs du Centre-Loire, « ils sont superbes avec beaucoup de couleur et cependant des degrés plus élevés qu’à l’habitude, évidemment, vu la météo que nous avons eue cet été. Mais comme c’est une conséquence naturelle, les équilibres devraient, là aussi, être préservés. C’est un millésime passionnant par son côté unique à ce jour – parce qu’on n’a vraiment jamais connu cela –, qui va nous permettre d’apprendre beaucoup de choses. »
Sur un plan général, on peut dire que du côté des vins blancs, les chenins devraient produire des moelleux immenses dont le temps sera forcément un allié dans les caves ; les sauvignons des coteaux sancerrois – on attend avec gourmandise de goûter ceux des coteaux de Chavignol ! – et des autres appellations qui l’entourent pourraient montrer que ces terroirs-là ont la capacité de rivaliser avec les plus grands vins du monde. Quant aux melons de Bourgogne du Pays nantais, les muscadets des crus communaux, notamment, seront époustouflants ! Peut-être même n’auront-ils jamais été aussi beaux !
Du côté des rouges, les cabernets francs, les pinots noirs (nous venons de les évoquer), les gamays, les côts, les grolleaux, les pineaux d’aunis proposeront des vins où l’on devinera la parfaite maturité des baies qui auront permis de les élaborer, les nuits ayant, par ailleurs, gardé suffisamment de fraîcheur pour conserver aux raisins le « peps » nécessaire à l’équilibre des vins.
Après plusieurs années, où la météo a joué bien des tours à la vigne, entre grêle, gel et pluies outrancières, voilà donc un pur bonheur.
Pas la même chose qu’en 2003


Mais 2018 ne nous intéresse pas seulement par sa qualité intrinsèque. Il nous intéresse aussi parce que l’on goûtera pour la première fois un tel millésime, comme le souligne plus haut dans cet article Benoît Roumet ! Car il ne sera pas une copie conforme de 1976, 89, 90, 2003, la fameuse année de la canicule, ou 2005. Non, l’été que nous avons connu fut tout à fait singulier par sa durée constante, sans que la canicule ne frappe particulièrement. Ce millésime préfigure peut-être ainsi ce que seront ses successeurs, eu égard au changement climatique dont nous faisons tous le constat et dont le groupe d’experts internationaux, réunis dans le GIEC, a encore rappelé les conséquences actuelles et futures dans son rapport intermédiaire publié le 8 octobre dernier.
Nous pouvons donc légitimement être impatients de prêter notre palais au doux jeu de la dégustation de ce millésime que la mémoire collective placera sans aucun doute bientôt aux côtés des mythiques millésimes d’après-guerre, en particulier 1947 et 1959. J’exagère ? Peut-être un peu, et qui sait si je ne me laisse pas emporter par mon enthousiasme… Mais il y a tout de même de cela, dans notre impatience à tremper nos lèvres dans les bouteilles étiquetées de cette année où, à la pluie, a succédé le beau temps, c’est le cas de le dire.
Reste que la météo devra cependant se calmer pour continuer à nous offrir des vins digestes où l’alcool ne monte pas en flèche. Les levures font ce qu’elles peuvent mais elles n’ont pas la faculté de digérer des sucres en veux-en voilà… L’interrogation est là. Et elle vaut d’ailleurs essentiellement pour les vins du sud de la France. Pourra-t-on encore boire des châteauneuf-du-pape dans quinze ans ? De frais pinots de la Côte de Nuits, en Bourgogne, c’est un cépage si délicat… Mystère et boules de gomme.

Jean-Claude BONNAUD

Notre photo d’ouverture : Le vignoble du plateau de Quincy (Photo LE VIN LIGERIEN)