Vouvray : la bouteille et la plume à Paris

Les vignerons de l’appellation Vouvray se sont retrouvés tout récemment à Paris dans ce bel endroit qu’est Le Chai, qui a ouvert ses portes en septembre dernier. Une cave et un bistrot où l’on se laisse volontiers glisser dans l’univers du vin.

C’est ici, donc, que Jean-Michel Pieaux, le Président du Syndicat vouvrillon, et ses amis vignerons de l’AOC, sont venus présenter aux journalistes et sommeliers parisiens plusieurs de leurs productions récentes… et moins récentes. Le propos étant de faire déguster toute la palette des types de vins que l’on peut élaborer à partir du chenin, leur cépage emblématique. L’occasion également de montrer que les aubuis (argilo-calcaires) et les perruches (argiles et silex) de leurs terroirs permettent de faire des vins bien différents les uns des autres.

Sur ces trois mille hectares concernant les huit communes (1) de ce vignoble périurbain, les vignerons s’efforcent de répondre aux attentes des marchés, de plus en plus demandeurs en vins secs et où le chenin commence à trouver toute sa place, qu’il s’agisse des marchés nationaux ou internationaux, à côté des sauvignons et des chardonnays.

Si les fines bulles représentent habituellement les deux tiers de la production annuelle de l’appellation, cette part devrait se rétracter quelque peu avec le millésime 2018 dont la richesse convient mieux aux vins tranquilles.

Mais cette journée était aussi l’occasion de présenter notre numéro spécial sur l’appellation Vouvray, qui vient de sortir et qui est disponible en kiosques (9,50 €) ou sur commande. Un numéro de cent pages qui présente l’appellation sous sa forme culturelle et patrimoniale, mais aussi au travers de son histoire, de ses paysages, de ses espaces troglodytiques et, surtout, de ses femmes et de ses hommes qui s’attachent chaque jour à tirer le meilleur parti de leurs territoires.

  • Vouvray, Rochecorbon, Vernou-sur-Brenne, Parçay-Meslay, Noizay, Tours, Reugny et Chançay.
  • Notre photo : Le vignoble à Noizay, depuis le lieudit La Grosse Pierre.

Le modernisme de Bouvet-Ladubay

Patrice Monmousseau, le « big chief » de Bouvet-Ladubay, nous avait dit : « Vous avez vu notre siège à Saint-Florent, le centre d’art contemporain, le théâtre et évidemment les caves. Mais il vous manque une pierre à l’édifice, la plus importante, notre unité de production ! »

Va donc pour la dernière pièce du puzzle ! Dans la zone commerciale de Saumur, à Distré, avec de l’autre côté de la route, des vignes, qui font tapisserie. Sur 1,4 hectare, le bâtiment est à la fois imposant et discret. L’entrée doit plaire aux VIP et aux gros clients. Une allée avec quelques palmiers, une entrée romaine très Las Vegas… La seule fantaisie que se permet cette unité de production à la fois classique et ultra-moderne.

Bouvet-Ladubay avait besoin de s’agrandir… pour grandir. La maison tournant à 3,5 millions de bouteilles en 2008 quand l’unité est portée sur les fonts baptismaux. Dix ans plus tard, Bouvet-Ladubay pèse 6 600 000 bouteilles. Si c’est pas une réussite…

Après avoir enfilé la blouse blanche des visiteurs pour se mettre aux normes, la cuverie avec ses beaux trésors en inox, écrins qui abritent des dizaines et des dizaines de milliers d’hectolitres, est une belle première étape…

C’est là que l’assemblage naît, diligenté par Patrice Monmousseau qui a gardé la main et le palais sûrs. Avec l’aide de techniciens cocoonants, le liquide prend un coup de froid nécessaire (moins 4,2 degrés maximum). Refroidissement exigé pour les épisodes sucres et levures… Dans un cadre d’une propreté exemplaire. « Lors de l’installation », raconte Patrice Monmousseau, » une cuve s’est brisée. Il a fallu défaire la toiture pour la sortir et en installer une autre. Sacré chantier ! » Anecdote qui embellit l’histoire d’une unité construite et opérationnelle en six petits mois.

L’intervention de Robocop

On est passé ensuite à l’embouteillage. Attention, rien à voir avec la chienlit due aux voitures aux heures de pointe ! Là, les bouteilles sont soigneusement alignées. Et ça défile comme les militaires lors du 14 juillet ! C’est là qu’intervient Robocop 1. Le surnom qu’on lui a donné… Il met les bouteilles en caisse… Plus loin, beaucoup plus loin, Robocop 2 interviendra pour ressortir les bouteilles des caisses avant de se retrouver cul par-dessus tête. Mais on va trop vite… Le plus étonnant est que seulement une vingtaine de personnes travaillent dans cette unité de production qui sort à vue de nez 5 000 bouteilles à l’heure et 35 000 à la journée.

Difficile de ne pas être épaté par cette foultitude de métamorphoses dignes de la baguette de Harry Potter. Tout va vite…. Une autre machine qui congèle le goulot, puis le glaçon est bloqué, comme la goutte au nez… Puis, ça décapsule, puis le glaçon s’en va, puis le bouchon en liège aggloméré se prend 500 kg de pression pour entrer dans la bouteille. Puis, il y a le muselage, l’habillage du goulot, puis l’étiquetage… Gain de temps et d’énergie pour une chaîne de compétences. L’employé a troqué ses gros petits bras pour sa matière grise…

Patrice Monmousseau et sa fille Juliette (son bras droit et aussi son bras gauche) ont bon goût : les étiquettes sont classieuses. Comme d’ailleurs les cartons, repos des flacons. Tout est dans le détail qui fait la différence… C’est tout bête mais on a été scotché par une petite machine qui compte les bouteilles depuis 2008. On a 62 balais et on avait 13 ans quand Armstrong est allé sur la lune… Malgré ça, on a gardé l’enthousiasme juvénile.

Donc, quand notre regard d’enfant s’est posé sur la machine, la 56 865 901ème bouteille est passée devant nos yeux… Puis, 902ème, puis 903ème, puis… On a arrêté de compte, dépassé par le rythme…

Dans la salle au silence monacal dédiée aux cartons de bouteilles prêts à l’envoi, on a lu quelques destinations qui procurent l’âme d’un globe-trotter : Lettonie, Jersey, Belgique, Autriche, Pays-Bas, Allemagne, mais aussi Doué-la-Fontaine, Saint-Aignan, etc… 45 pays à l’exportation plus la France…

20 personnes seulement pour tout ça, 50 pour toute l’entreprise pour 6 600 000 bouteilles vendues. Vertigineux… Quand les gros clients et les VIP viennent à Saint-Hilaire-Saint-Florent, Patrice Monmousseau a le sens de l’hospitalité. Quand il fait beau, un bateau les prend à Saumur, sur la Loire, pour un débarquement quelques kilomètres plus loin au restaurant à « La Route du sel », au Thoureil, tenue par Marie Monmousseau, la fille de Patrice.

La Loire est à vos pieds, elle joue avec les bancs de sable mordorés, la lumière inonde le tuffeau, l’église veille, l’éternité n’est pas loin.

Et l’idéal pour coincer la bulle…

Jean-Eric ZABRODSKY

Notre photo : L’unité de production Bouvet-Ladubay à Distré (Document remis)

Le Salon des Vins de Loire a le moral !

« Le Salon des Vins de Loire, qui aura lieu les 4 et 5 février 2019, au Parc des Expositions d’Angers, conforte une nouvelle fois son positionnement de place de marché reconnue pour sa mise en lumière des viticulteurs de Loire. » C’est ce qu’expliquent les organisateurs de ce rendez-vous annuel qui existent depuis plus de trente ans maintenant, malgré la concurrence qui s’est installée, ici et là, depuis lors. Une récompense en regard des efforts accomplis qui témoigne de l’écoute apportée aux remarques de ces dernières années de la part des exposants. « Depuis deux ans maintenant, le Salon des Vins de Loire fait évoluer son contenu (scénographie, digitalisation, oenotourisme…) pour apporter à son écosystème le meilleur de la Loire sur ce territoire riche en diversité. »

Plateforme de découverte du nouveau millésime de dégustations et de rencontres professionnelles, le Salon des Vins de Loire atteindra ainsi le chiffre de 330 exposants en 2019, « soit une augmentation de 15% par rapport à 2018. »

Une augmentation que l’on peut également mettre en corrélation avec les conditions exceptionnelles du millésime 2018 dont il est acquis qu’il sera, et à plus d’un titre, exceptionnel. « Sur l’ensemble du vignoble, les récoltes s’avèrent très bonnes, tant qualitativement que quantitativement », confirme-t-on à Angers. « Qu’il s’agisse des exposants habitués qui reviennent chaque année au Salon, de viticulteurs néophytes qui, pour la première fois, viennent exposer ou encore de viticulteurs emblématiques qui font leur grand retour, l’événement reste centré sur l’Expérience cœur de Loire en mettant en avant les multiples facettes du vignoble et de sa production, ainsi que la diversité des modes de consommation. »

Ces journées professionnelles seront balisées par des masterClass, un espace de libre dégustation mais aussi des espaces dédiés aux start-up, aux cidres, bières et spiritueux artisanaux. A noter une nouveauté : le concours des « Bacchus de l’Oenotourisme » qui viendra consacrer les meilleurs projets oenotouristiques pendant le Salon des Vins de Loire.

Quant aux salons « off » et à la programmation Food’Angersvins et gastronomie, ils seront de nouveau au menu de ces deux journées de rencontres.

 

Chez Bruno à Amboise pour le gamay primeur

Si l’appellation Touraine a choisi de bouder l’annuel primeur dont elle estime qu’il n’est pas représentatif sur le plan qualitatif, les amoureux du vin et de la convivialité, eux, continuent à le plébisciter très essentiellement pour les vertus conviviales qu’il recouvre avec ses allures de gamay gamin, pas toujours très assuré mais dont la couleur allumeuse et les fruits gourmands en font chaque année un rendez-vous incontournable autour d’une « charcutaille ». Et grâce soit rendue à Henry Marionnet (voir notre dossier dans le numéro 27 du Vin Ligérien actuellement en kiosques) de l’avoir inventé au milieu des années 70. Lequel Henry vous rappellerait que le primeur est le vin le plus difficile à faire. Et comme c’est un grand vigneron, membre de l’Académie des Vins de France, on peut le croire.

Bref, il reste tout de même quelques vignerons à croire que rigoler autour d’un verre vaut bien qu’on s’arrête une heure ou deux. Ceux-là se sont, par exemple, retrouvés à Amboise, au restaurant Chez Bruno, « presque étonnés de se voir aussi nombreux ici, au restaurant de Frédéric et Louisa Plou », m’a dit mon confrère Patrick Chateau qui participait à ce déjeuner mijoté avec l’appui de l’Union des Œnologues du Val de Loire. Un peu comme celles et ceux qui se sont donné rendez-vous le même jour à Tours (c’est-à-dire mardi 13 novembre), à la Vinothèque d’Olivier Dubois, pour fêter ce gamay frondeur. « Des professionnels, venus d’Indre-et-Loire et du Loir-et-Cher voisin ravis d’avoir de nouveau l’occasion d’affirmer que leurs primeurs s’inscrivent honorablement au cœur de leur région. Vive le cépage 100 % gamay, vendangé à la main ! », m’a carrément soufflé Patrick Château. Comment mieux dire ?…

Jean-Claude BONNAUD

 

 

Le Touraine primeur est toujours vivant !

On a connu de pires missions ! Perpétuer la tradition, entretenir la nostalgie et mettre en lumière le Touraine nouveau en ce novembre… printanier. Pour rappel, la profession viticole a décidé de tirer un trait sur les opérations de promotion des vins nouveaux d’appellation Touraine. Du coup, le sang de Guillaume Lapaque, gérant de la Cave de la Dive Bouteille à Bourgueil, ne fit qu’un tour (voire deux…). Il allait organiser un concours pour cette édition 2018…

A qui voulait l’entendre, Guillaume le Conquérant développa son credo en ce mardi 13 novembre à Tours : « Depuis les années 70, la Touraine fête son vin primeur. Eh bien, avant, on « martinait le vin », c’est-à-dire qu’on goûtait le vin au moment de la fête de Saint-Martin. Nous nous sommes réunis pour dire ensemble notre triple amour du Touraine Primeur :

– nous aimons cette sympathique occasion de découvrir la juvénile expression du nouveau millésime,

– nous aimons cette sympathique occasion de faire la fête,

– nous aimons que soit mis en lumière le travail des vignerons de l’AOC Touraine ! »

En conséquence de quoi, le concours off 2018 prit pour théâtre d’opérations la belle Vinothèque de Tours, chère à Olivier Dubois. Entouré de tant de flacons, munitions pour le plaisir des papilles, le jury ne pouvait être qu’inspiré par les bouteilles « concourables » …

Pour l’anecdote, la troupe perdit en route le général en chef Périco Légasse, coincé du côté de Montparnasse. Qu’à cela ne tienne, la soldatesque tint son rang et eut la langue bien pendue et affinée. Et le jugement sans faille. Elle délivra deux médailles d’or et une d’argent. Le Touraine primeur démontrait ainsi qu’il était bel et bien vivant et qu’il n’avait aucune envie d’être enterré.

Jean-Eric ZABRODSKY

Les lauréats :

– 2 médailles d’or à Henry Marionnet, Domaine de la Charmoise à Soings-en-Sologne (41) et à Gabrièle et Regis Dansault, Domaine de l’Ouche Gaillard à Montlouis-sur-Loire (37)

– 1 médaille d’argent à Cédric et Marina Chollet, Domaine De Rabelais Chollet à Onzain (41)

Le jury : Mauro Cuzzoni, conseiller municipal de Tours, délégué en charge du commerce, Isabelle Bachelard, journaliste vinicole, Olivier Dubois, hôte du jour, cave de La Vinothèque de Tours, David Fontaine, vice-président des Sommeliers du Val de Loire, Jean-Luc Pechinot, journaliste, Olivier Collet, journaliste à Info-tours.fr, 37 degrés, Chérie FM Val de Loire, Jean-eric Zabrodsky, ancien journaliste sportif à la NR, journaliste au Vin Ligérien, Matthieu Reynaert, patron de l’Oxford Pub à Tours, Thierry Nérisson, sommelier, responsable de l’école hôtelière Notre-Dame la Riche, Guillaume Lapaque, gérant de la Cave de la Dive Bouteille à Bourgueil.

 

 

Miss Vignoble Touraine : 17ème du nom !

Ravi, content, étonné par la 17ème édition de Miss Vignoble Touraine qui a pris corps et volume salle Nuceria-Facile à Noyers-sur-Cher dans un samedi de novembre venteux à décorner un bœuf…

J’y suis allé à reculons. Ou du moins avec préjugés. Faut avouer (est à demi pardonnée…) que la première et la seule fois où j’ai assisté à un concours de miss il y a plus de 50 ans, sur la côte sauvage royanaise, je m’étais noyé dans la beaufitude… Faut dire que c’était Miss Camping… Pouët… Pouët… Sans bouée de sauvetage…

Les temps ont changé… Sacrément…

Clothilde Massari, présidente de l’organisation (et accessoirement patronne de TV Tours) et son équipe de bénévoles ont mis les petits plats dans les grands à Noyers-sur-Cher. Et dans l’écran puisque le président du jury était le volubile Périco Légasse, et la marraine, Natacha Polony.

Déjà, c’était l’épatement (ou l’épatation, pas sûr que cela soit français) de voir une petite commune comme Noyers disposer d’une salle privée aussi magnifique… Un cadre « parisien » pour spectacle cabaret tout aussi parisien, aux racines bordelaises (music-hall installé aux portes de la cité girondine).

Chanteuse à la voix puissante, danseuses à la jambe alerte, comique à l’esprit déjanté et présentateur, Pathy Pad, très magicien… De quoi passer les plats et mettre en valeur les dix candidates piaffant d’impatience. Et de trac ! Mais malgré cette peur bleue, elles avaient des choses à dire et les ont bien dites. Pas des potiches… Non, toutes prêtes pour être Miss Vignoble. Loin des miss de mon adolescence du camping aux essences machistes et misogynes… Honte heureusement effacée et bue grâce à cette 17ème édition de Miss Vignoble Touraine d’un autre standing !

Samedi soir, je pense avoir eu bon goût et l’œil exercé puisque j’ai imaginé le podium … dans le désordre. Aude Girault, la tourangelle, est devenue la reine d’un an : une décontraction communicative et assurément du caractère. La première dauphine, la Jocondienne Elise Villeneuve, et la deuxième dauphine, la Chinonaise Honorine Pain (oui, de la famille des vignerons) avaient, d’un côté, la prestance élégante et, de l’autre, le verbe viticole et une énergie à revendre.

Mais mon admiration s’est vraiment partagée, et équitablement, pour les dix candidates, femmes de chair et de tête. Monter sur scène, se montrer, défiler, s’exprimer, sourire toujours : sacrée expérience !

Chapeau ! Et santé !

Jean-Eric ZABRODSKY

Les vins bio ligériens ont la cote !

Dans un communiqué d’Interloire, on apprend que « sur le circuit des cavistes de Paris et de sa banlieue, un vin biologique sur sept est aujourd’hui un vin ligérien. » Ceci, selon une étude XJ Analyses Décisions–CNIV*. « Avec 14,5 % des références, le vignoble du Val de Loire fait ainsi figure de leader du rayon bio, devant les appellations de la Vallée du Rhône et du Languedoc », indique encore le communiqué.

 On peut notamment observer les très beaux scores des blancs ligériens « qui dominent largement la concurrence avec 21 % des référencements bio dans la couleur, devant l’Alsace. » Quant aux rouges de Loire, ils pèsent pour 12 % des parts de marché sur le rayon bio, ce qui les classe en troisième position derrière le Rhône et le Languedoc.

 Tous types de vin confondus, bio ou conventionnels, « les vins AOP du Val de Loire sont présents chez 99 % des cavistes relevés. » Ils représentent 9,2 % de l’offre des cavistes franciliens. « Leur part d’offre est équivalente à celle de la Champagne et de la Vallée du Rhône, derrière la Bourgogne et Bordeaux. Au niveau des couleurs, les blancs se distinguent puisque la région se classe deuxième derrière la Bourgogne, avec 16 % de l’offre. Un vin référencé sur cinq est un sancerre ou un touraine. »

Cette étude ne fait en fait que confirmer la tendance que nous remarquons, nous, auprès de nos interlocuteurs lorsque Le Vin Ligérien, notre magazine, est en salon. Il n’en demeure pas moins que le Val de Loire, notamment la Touraine, a encore de gros progrès à faire sur le plan collectif pour se faire entendre. Quant à la performance du Sancerrois, elle n’est pas étonnante. Cela fait en effet plusieurs décennies que ses vignerons sont partis à la conquête des marchés, en ordre serré et collectivement, justement. Un modèle, sans aucun doute.

J.-C.B.

*Après un relevé d’offres de 116 caves et de 41 340 références, de fin août à fin novembre 2017. « Mais cette offre est probablement sous-estimée », avance-t-on du côté d’Interloire, « du fait que le logo AB est parfois affiché sur la contre-étiquette et que, sauf exception, les bouteilles n’ont pas été manipulées pour y lire le dos. »

Notre photo : un sauvignon à la fin mai du côté de Quincy.

100 pages spéciales sur l’AOC Vouvray !

Le vignoble de Vouvray recouvre une longue histoire. Celle d’un terroir où les hommes et les femmes qui se sont succédé depuis saint Martin, au IVe siècle, n’ont pas lésiné sur la sueur pour lui donner la coloration qu’on lui connaît aujourd’hui. Celle d’un vignoble qui compte dans le paysage ligérien et qui veut s’ouvrir un avenir aux horizons sereins.

Pour cela, il faut bien entendu continuer à travailler pour convaincre les marchés que le chenin d’ici bénéficie d’une traduction de haut niveau sur des terroirs où le tuffeau est au Vouvrillon ce que la tradition est à notre histoire. C’est-à-dire un socle sur lequel s’appuient les vignes de l’appellation dont huit communes seulement tracent les contours. Citons-les puisqu’elles ne sont pas nombreuses. En commençant par la ville de Tours, propriétaire du Clos de Rougemont, juste au-dessus de l’Abbaye de Marmoutier, ce clos emblématique qui a ouvert les premiers sillons du vignoble. Viennent ensuite, Rochecorbon, Parçay-Meslay, Vouvray, Vernou, Noizay, Chançay et Reugny. Autant de perles posées sur les bords de Loire.

Les vignes de chenin se plaisent sur ces terres qui souffrent, de temps à autre, de l’appétit immobilier mais dont chacun doit se convaincre qu’elles font partie intégrante de notre culture commune. Des paysages que l’UNESCO a inscrits sur la liste du patrimoine de l’Humanité. Il faut le rappeler, s’en souvenir et tout faire pour préserver ces couronnes de raisins, ces habitations et caves troglodytiques, ces coteaux et plateaux, ces vallées où les vignerons continuent de s’affairer pour mettre en lumière leurs productions.

C’est dans ce cadre d’une mise en exergue des territoires que nous publions ce numéro spécial consacré à l’appellation Vouvray. Vous y retrouverez son histoire et ses parfums, la vie, plus simplement, de tout un secteur qui serait bien nu sans l’activité vinicole qui participe pleinement à la sauvegarde, on ne le dit pas assez, de l’économie de cet ouest tourangeau. Etant entendu que les touristes aiment à flâner dans ces espaces de liberté, de la vigne à la cave, que nous envie le monde entier, n’ayons pas peur des mots ! Les cérémonies d’intronisation des deux confréries locales en disent d’ailleurs long sur l’intérêt porté à ces terroirs. Des milliers de personnes y ont participé et des milliers encore y viendront. Preuve que le monde du vin tisse aussi du lien social et que le diable est à chercher ailleurs…

Bonne lecture et bonne balade dans ce vignoble voué aux vins blancs de chenin. Des fines bulles aux plus grands moelleux, vous y trouverez forcément votre bonheur.

Jean-Claude BONNAUD

Disponible en magasins de presse à compter de cette semaine : 9,50 €. Prix spécial pour les abonnés du Vin Ligérien : 8 € (frais de port offerts).

Chinon et côt à l’assaut des marchés

Le côt amboisien séduit le sommelier de Riga

L’œil, et surtout le palais, d’un meilleur sommelier d’Europe 2017 sont à prendre au sérieux. Telle était bien l’intention des vignerons et vigneronnes de l’AOC Touraine qui avaient invité Raimonds Tomsons (ici avec Xavier Frissant, président du syndicat des vins d’Amboise) à donner son avis sur les côts, et particulièrement ceux du Touraine Amboise. Une opération menée conjointement avec l’appellation Cahors où le presque quadra letton s’étaient précédemment penché sur les malbecs. Une opération gagnant-gagnant pour les deux partenaires : agréablement surpris « par la fraîcheur et la qualité du côt » le sommelier – et manager du restaurant Martins Ritins de Riga – a ainsi été confronté à de nouvelles sensations en vue de sa préparation aux championnats du monde de 2019. La future AOC Amboise espère y gagner en visibilité grâce au réseau de ce dernier.

La renaissance du Château de la Grille

La récente présentation du Château de la Grille dans ses nouveaux atours aurait presque fait oublier les 100 000 bouteilles de chinon produites ici chaque année sur ces 30 ha de vignes. Après son rachat en 2009 par Christophe Baudry et Jean-Martin Dutour, et deux ans de travaux récemment achevés, le résultat est à la hauteur de la renaissance espérée. Pour une heure, une demi-journée ou davantage, cet édifice du plus pur style troubadour est désormais en mesure d’accueillir jusqu’à 300 personnes dans les meilleures conditions.

 

Le bonheur du millésime 2018

 Le bonheur, oui, est là dans les vignes pour cette année plus que prometteuse. Elle sera sans doute même immense dans tout le Val de Loire.

Après un printemps pourri, l’été 2018 nous a offert la chaleur de tous ses feux avec une prolongation que l’on a encore ressentie jusqu’à ce mois d’octobre. Les températures se sont quotidiennement révélées supérieures aux valeurs saisonnières. Autrement dit : une année bénie des dieux, si l’on excepte quelques attaques de mildiou ici ou là, pour ce millésime hors du commun.
Les raisins sont magnifiques, les jus, les quantités sont là et les vignerons sont satisfaits. Et l’on sait ce que vaut cette parole de paysan lorsqu’elle affirme que tout va bien… C’est que, vraiment, le doute n’est pas permis et que ce millésime sera un millésime d’anthologie, n’ayons pas peur des mots ! En vertu de quoi, 2018 restera dans les annales vinicoles. Ce que l’on confirme d’ailleurs du côté de l’interprofession, Interloire : « L’estimation des volumes pour les AOC et IGP du Val de Loire grimpe à 2, 9 millions hectolitres (de l’Atlantique au Centre-Loire), contre 2,2 millions en 2017 ; un retour à des volumes normaux après une succession de petites récoltes. » Quant aux vendanges, elles ont été aussi précoces qu’en 2017 et, surtout, se sont passées dans des conditions optimales, depuis la fin août (pour ce qui est des premiers coups de sécateurs en Pays Nantais). Jean-Martin Dutour, Président d’InterLoire, le souligne : « Ces conditions de récolte parfaites en septembre et octobre ont permis de gérer les vendanges dans la plus grande sérénité. Nous sommes sur un millésime exceptionnel, du jamais vu de mémoire de vigneron, riche en qualité et généreux en quantité. Une grande année pour le Val de Loire qui va nous permettre de répondre aux attentes des marchés. »

Du côté du BIVC, le Bureau Interprofessionnel des Vins du Centre-Loire, son Directeur, Benoît Roumet, souligne surtout le côté « exceptionnel » de ce millésime. « Pour l’instant, ça fermente gentiment dans les caves, tant en blanc qu’en rouge. Mais c’est vrai que nous sommes très agréablement surpris de voir, pour ce que j’ai pu goûter, que beaucoup de sauvignons ont conservé une vraie fraîcheur, alors qu’avec l’été que l’on a connu, on pouvait craindre qu’il en soit autrement. Les équilibres sont donc respectés. Mais nous nous ferons une meilleure idée dans deux ou trois mois. » Quant aux pinots noirs du Centre-Loire, « ils sont superbes avec beaucoup de couleur et cependant des degrés plus élevés qu’à l’habitude, évidemment, vu la météo que nous avons eue cet été. Mais comme c’est une conséquence naturelle, les équilibres devraient, là aussi, être préservés. C’est un millésime passionnant par son côté unique à ce jour – parce qu’on n’a vraiment jamais connu cela –, qui va nous permettre d’apprendre beaucoup de choses. »
Sur un plan général, on peut dire que du côté des vins blancs, les chenins devraient produire des moelleux immenses dont le temps sera forcément un allié dans les caves ; les sauvignons des coteaux sancerrois – on attend avec gourmandise de goûter ceux des coteaux de Chavignol ! – et des autres appellations qui l’entourent pourraient montrer que ces terroirs-là ont la capacité de rivaliser avec les plus grands vins du monde. Quant aux melons de Bourgogne du Pays nantais, les muscadets des crus communaux, notamment, seront époustouflants ! Peut-être même n’auront-ils jamais été aussi beaux !
Du côté des rouges, les cabernets francs, les pinots noirs (nous venons de les évoquer), les gamays, les côts, les grolleaux, les pineaux d’aunis proposeront des vins où l’on devinera la parfaite maturité des baies qui auront permis de les élaborer, les nuits ayant, par ailleurs, gardé suffisamment de fraîcheur pour conserver aux raisins le « peps » nécessaire à l’équilibre des vins.
Après plusieurs années, où la météo a joué bien des tours à la vigne, entre grêle, gel et pluies outrancières, voilà donc un pur bonheur.
Pas la même chose qu’en 2003


Mais 2018 ne nous intéresse pas seulement par sa qualité intrinsèque. Il nous intéresse aussi parce que l’on goûtera pour la première fois un tel millésime, comme le souligne plus haut dans cet article Benoît Roumet ! Car il ne sera pas une copie conforme de 1976, 89, 90, 2003, la fameuse année de la canicule, ou 2005. Non, l’été que nous avons connu fut tout à fait singulier par sa durée constante, sans que la canicule ne frappe particulièrement. Ce millésime préfigure peut-être ainsi ce que seront ses successeurs, eu égard au changement climatique dont nous faisons tous le constat et dont le groupe d’experts internationaux, réunis dans le GIEC, a encore rappelé les conséquences actuelles et futures dans son rapport intermédiaire publié le 8 octobre dernier.
Nous pouvons donc légitimement être impatients de prêter notre palais au doux jeu de la dégustation de ce millésime que la mémoire collective placera sans aucun doute bientôt aux côtés des mythiques millésimes d’après-guerre, en particulier 1947 et 1959. J’exagère ? Peut-être un peu, et qui sait si je ne me laisse pas emporter par mon enthousiasme… Mais il y a tout de même de cela, dans notre impatience à tremper nos lèvres dans les bouteilles étiquetées de cette année où, à la pluie, a succédé le beau temps, c’est le cas de le dire.
Reste que la météo devra cependant se calmer pour continuer à nous offrir des vins digestes où l’alcool ne monte pas en flèche. Les levures font ce qu’elles peuvent mais elles n’ont pas la faculté de digérer des sucres en veux-en voilà… L’interrogation est là. Et elle vaut d’ailleurs essentiellement pour les vins du sud de la France. Pourra-t-on encore boire des châteauneuf-du-pape dans quinze ans ? De frais pinots de la Côte de Nuits, en Bourgogne, c’est un cépage si délicat… Mystère et boules de gomme.

Jean-Claude BONNAUD

Notre photo d’ouverture : Le vignoble du plateau de Quincy (Photo LE VIN LIGERIEN)