Interloire va devoir changer de directeur général !

Interloire va devoir changer de directeur général !

Benoît Stenne quitte le Val de Loire à la mi-mars pour devenir le « monsieur Cognac » du Crédit agricole Charente-Périgord.

Benoît Stenne ne sera resté qu’un peu plus de trois ans à son poste de directeur général d’Interloire, l’interprofession qui gère une bonne partie des appellations du Val de Loire, de la Loire-Atlantique au Loir-et-Cher. Encore que la réforme, qui est en train de se mettre en place et qui donne – pour faire très simple car l’organisation du monde du vin est extrêmement compliquée – aux ODG la latitude et les budgets pour assumer leur stratégie de communication, ait largement modifié la donne. Interloire étant devenue, dans ce nouveau cadre, un outil administratif, technique et de communication à l’export. Une réforme qui souligne, selon ses promoteurs, qu’il s’agit d’un appel à la responsabilité des uns et des autres. D’autres y voyant une désunion de plus dans la famille Loire.

Ancien directeur du syndicat des vignerons charentais  et ex-responsable de la Côte des Bar (en d’autres termes la famille champenoise de l’Aube), Benoît Stenne a donc répondu favorablement à une proposition du Crédit Agricole pour devenir son responsable de la filière Cognac à compter de début avril. Il quittera ses fonctions à Interloire le 18 mars. Il s’agit d’une création de poste pour le Crédit Agricole Charente-Périgord. « Ce poste existe dans d’autres régions comme en Champagne », explique Benoît Stenne. « Il s’agira d’établir un lien solide avec l’ensemble de la filière puisque ce secteur d’activités représente un rôle important pour la banque, y compris avec les tonneliers et les pépiniéristes de la région charentaise. Le Crédit Agricole voulant jouer un rôle plus fort sur son environnement et le développement durable. » Il est vrai que le Cognac occupe à nouveau un large espace dans l’économie charentaise, totalement relancé au tout début des années 2000 par la mode des cocktails dont cet alcool est la base, le Cognac-Schweppes étant alors devenu la boisson par excellence des soirées courues. Le Cognac a par ailleurs dopé sa seconde jeunesse par un développement à l’international boosté par les rappeurs américains qui l’avaient trouvé à leur goût au point de le mettre en paroles et musiques…

« Le directeur général n’est pas le seul à faire bouger les choses »

Quel regard Benoît Stenne porte-t-il sur le Val de Loire ? « Je crois que les professionnels et les élus ont créé quelque chose de nouveau et que cette région a un potentiel incroyable ! Mais je crois aussi que les gens ne se rendent pas toujours compte de l’or qu’ils ont entre les mains et que le Val de Loire ne pourra s’en sortir que très collectivement. »

Reste que son départ pourrait être également lu comme un trouble supplémentaire dans un moment où la filière vins du Val de Loire vit donc une réforme notable, que l’on y soit favorable ou pas. Benoît Stenne ne partage pas cet avis « car on sait maintenant », indique-t-il, « ce que l’interprofession doit faire et ce que les appellations doivent faire. Leurs relations sont claires et apaisées. Dans les travaux que nous menons avec les appellations, on a compris que l’interprofession est un outil collectif. Quant à mon départ, je précise que le Directeur général n’est pas le seul à faire bouger les choses. »

Quoiqu’il en soit, les quatre maisons des vins gérées par Interloire sont toujours en instance d’être vendues. Celle de Tours devrait être rachetée pour devenir un tabac-presse. Celles d’Angers et de Saumur pourraient – ou devraient – être reprises par la Fédération viticole d’Anjou. Le Pays nantais réfléchit à l’avenir de celle de Nantes.

Quoi qu’il en soit également, quatorze départs ont été enregistrés dans le cadre du plan de licenciements engagé dans le dernier trimestre 2015.

Quoi qu’il en soit encore, ce départ de Benoît Stenne ajoute aux interrogations entre le négoce ligérien et le monde des vignerons.

Quoi qu’il en soit enfin, la procédure de recrutement d’un nouveau directeur général est engagée. Sûr, il aura du pain sur la planche une fois à pied d’œuvre.

Jean-Claude BONNAUD