Vins naturels : «Nous ne perdrons pas notre âme »

L’INAO évoque dans une dépêche AFP une reconnaissance des vins naturels, et aussitôt se lèvent les débats. Jacques Carroget, vigneron (Coteaux d’Ancenis) et membre actif de l’AVN –association des vins naturels- y voit pourtant un signe positif.

« S’ils reprennent le dossier, ça veut dire qu’ils ne sont pas forcément contre, résume Jacques Carroget.  Pendant longtemps, le simple fait d’évoquer des vins naturels hérissait le poil de tout le monde. Aujourd’hui, plus personne ne nie qu’il se passe quelque chose.»

Rappel : une petite délégation de l’AVN (association des vins naturels) a rencontré, en septembre dernier, les « autorités viticoles » (INAO, DGCCRF). Objet du rendez-vous : évoquer avec ces « officiels » le besoin d’une forme de reconnaissance des vins naturels.

Aujourd’hui, la mention « vin naturel » est en effet interdite.

Méfiance et hostilité vis à vis de l’INAO

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Jacques Carroget, vigneron et membre actif de l’association des vins naturels AVN

Depuis, explique Jacques Carroget, rien n’a bougé… Sauf, la semaine dernière, la déclaration d’un responsable de l’INAO en faveur d’une « réglementation » des vins naturels. Ce positionnement a fait l’objet d’une dépêche AFP, reprise par plusieurs journaux spécialisés.

Aussitôt, sur les réseaux et dans la blogosophère, chacun y est allé de son commentaire, « pour » ou « contre » cette reconnaissance. Beaucoup étant « contre »… pour des raisons diverses, la première étant souvent une méfiance teintée d’hostilité vis-à-vis de l’INAO.

« Nous ne perdrons pas notre âme »

L’AVN « se réunit en assemblée générale le 16 mars », dans le Beaujolais, explique Jacques Carroget. « Nous déciderons ensemble collectivement de ce que nous ferons sur ce dossier. »

Jacques aimerait quant à lui que l’AVN reste dans la boucle. La « charte » rédigée par l’association –après dix ans de longues et difficiles discussions internes- servirait alors de référence pour définir les vins naturels.

Le texte fait consensus chez les vignerons… Il définit les vins naturels comme des vins réalisés sans aucun intrant (le soufre est toléré en quantités limitées) ni techniques « physiques brutales et traumatisantes ».

Mais dans la cadre d’un « label », de nombreux points restent à clarifier, comme l’obligation d’être labellisé bio.

« Nous sommes en contact avec des gens de confiance, qui sont engagés dans ce sens là. L’INA0 n’est pas un truc monolithique incapable d’avancer. Après, on peut discuter de plein de choses, mais nous ne perdrons pas notre âme. La charte de l’AVN, on la gardera, c’est notre limite. »

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Charte engagement de l’AVN capture d’écran

Comment perçoit-il les réactions hostiles à cette démarche ? « C’est tout à fait normal que les gens s’expriment. Mais ça ne m’inquiète pas plus que ça… »

L’AVN rassemble aujourd’hui une cinquantaine de vignerons dits naturels. Jacques Carroget estime qu’environ 500 vignerons en France pourraient être concernés par un éventuel label « vin naturel ».