Salon Levée de la Loire 2016, Angers

Qui a peur du salon VinoVision ?

Après 30 ans de bons et loyaux services à Angers, le salon des vins de Loire doit-il craindre l’arrivée du petit nouveau, VinoVision Paris ?

Concurrence pour le salon des vins de Loire

« Oui, on peut clairement parler de concurrence pour le salon des vins de Loire », analyse Christian Groll, directeur du parc expo d’Angers, organisateur du salon des vins de Loire.
Certes VinoVision cible une clientèle « étrangère », 15% seulement des 9000 visiteurs du salon d’Angers. Le véritable concurrent visé serait donc ProWein, le salon allemand, plutôt que le salon des vins de Loire.

C’est vrai aussi que VinoVision présente un « concept » qui se veut différent. Les termes sont choisis : on nous parle de vins élégants, jeunes et fruités, de la capitale –Paris Paris , de Champagne et de la Bourgogne… Autant « d’éléments de langage » (bienvenue dans la com’) qui annoncent un ciblage « haut de gamme ».

Paris ou Angers, les vignerons devront faire un choix

Certes, les vignerons comme les professionnel resteront tout à fait libres de participer aux deux salons, s’ils le souhaitent (voire aux trois).

Mais plus probablement, et personne ne le nie, ils devront faire un choix: ce sera soit Angers, soit Paris.

VinoVision vise 650 exposants (entre les trois vignobles) pour atteindre l’équilibre souhaité. Clairement, pour remplir ses allées, les organisateurs devront « débaucher » des habitués d’Angers. On peut même imaginer que ce seront d’abord les « grosses maisons » (en volume et/ou en renommée) qui seront ciblées. De quoi déshabiller sérieusement le salon des vins de Loire, déjà boudé par le négoce.

Christian Groll sait tout ça, mais ne panique pas pour autant.

Interpros VS parc expo

D’abord parce que la nouvelle n’en est pas vraiment une. Ca faisait en effet quelques années que la rumeur circulait dans les allées des salons.

« Le salon des vins de Loire ne répondait plus à certaines attentes », explique diplomatiquement Catherine Duchêne, directrice de la com ‘export d’Interloire. Qui souligne au passage que le nouveau salon est une demande répétée des vignerons (et du négoce), pas une idée des administratifs de l’interprofession.

« Les professionnels ont missionné les interprofessions pour réfléchir sur la problématique de l’export, explique Benoît Roumet, du BIVC. Nous avons exploré plusieurs pistes, celle du salon à Paris a été retenue. »

A entendre les porte-paroles des interprofessions, aucune adaptation du salon des Vins de Loire, pour répondre aux besoins des professionnels, n’était possible. D’abord parce que « la Loire seule n’a pas un pouvoir d’attraction suffisant pour attirer les acheteurs étrangers ».

Mais surtout parce que le courant ne passait plus du tout avec la société du parc exposition, chacun en rejetant le tort sur l’autre. Le salon d’Angers a d’ailleurs déjà vu partir beaucoup de domaines (et le négoce), passant de 600 à 400 exposants en quelques saisons, avant de se stabiliser ces deux dernières années autour de 450. Le « choc » ne sera peut-être pas si brutal que ça, en définitive, les « mécontents » étant déjà partis.

« Quand il s’est agi de faire bouger les choses, on n’a pas toujours trouvé les partenaires », explique Christian Groll. « Ca a commencé à bouger quand certains sont partis. »

Rebondissement municipal et conjectures bio

Il est un point sur lequel tous conviennent : le salon des vins de Loire a « rebondi » ces deux dernières années. La ville d’Angers organise désormais une « semaine des vins de Loire » au devenir prometteur…. et les « bio » sont arrivés.

La participation de la Levée de la Loire et Demeter -plus de 400 vignerons en janvier cette année- n’est pas franchement mise en avant par le parc expo (normal : les « bio » organisent eux-mêmes leur salon, se contenant de louer l’espace avec un agencement très simple). Elle semble pourtant plus que primordiale pour la survie du salon des vins de Loire. Au point que certains verraient bien le salon d’Angers prendre plus à fond encore le virage « vert » pour devenir le « Millésime bio » du Nord.

Et ce d’autant plus qu’Angers accueille la même semaine d’autres salons professionnels (Anonymes, Renaissance…) très orientés « naturel » et au succès grandissant.  Quel impact auraient d’éventuelles difficultés du salon des vins de Loire sur ces « off » qui n’en sont plus vraiment ?

Conjectures…

Le trentenaire dynamique et le nouveau-né

Catherine Duchêne a en tout cas bien noté l’effort accompli par Angers. « Mais ça a démarré trop tard. Ceci dit, ce n’est pas parce qu’il y a VinoVision que cette dynamique doit s’arrêter», souligne-t-elle.

Ca tombe bien, ce n’est pas du tout dans l’intention du parc expo d’Angers. Christian Groll promet même « pas mal de surprises » pour l’édition 2017. D’une façon générale, le directeur se montre serein et sûr de son salon des vins de Loire. Le message lancé aux vignerons tentés par l’aventure parisienne est simple :

« Il vaut peut-être mieux traiter avec un trentenaire dynamique qu’avec un nouveau-né. »

Rendez-vous l’année prochaine pour faire les comptes… En espérant que tout cela profitera finalement aux vins de Loire.