Les grandes lignes de la modernisation du cahier des charges
Le nouveau décret validé par l’INAO en décembre 2022 se décline en plusieurs axes, dont certains revêtent une importance capitale pour les pratiques quotidiennes des vignerons.
1. Clarification des catégories de vins
Le Vouvray s’est longtemps revendiqué multiple : sec, demi-sec, moelleux, effervescent. Or, certains cahiers des charges anciens restaient flous sur les seuils d’analyses et de dégustation, provoquant des litiges ou des incompréhensions, notamment à l’export.
- Un seuil de 8 g/l de sucres résiduels maximum distingue désormais clairement les Vouvray secs.
- Le terme « tendre » peut être utilisé pour les vins entre 8 et 18 g/l, calquant la terminologie sur les habitudes du marché allemand et facilitant la compréhension internationale.
- Pour les effervescents, une précision est apportée sur les méthodes d’élaboration — limitation du pressurage à 100 litres de moût pour 150 kg de raisin (soit 66,7 %), afin d’assurer la qualité aromatique.
Ces seuils, bien qu’ils semblent purement analytiques, incarnent une évolution profonde de la perception du style vouvrillon. Désormais, la mention "moelleux" implique une concentration minimale de 45 g/l de sucres résiduels, suivant en cela la dynamique des autres vins du Val de Loire, comme le Coteaux du Layon.(3)
2. Encadrement précis des pratiques œnologiques
Pour garantir l’authenticité du produit, plusieurs ajustements ont été actés :
- Chaptalisation autorisée uniquement pour obtenir des effervescents, dans des limites précises : impossible pour les moelleux.
- L’emploi des levures indigènes y est encouragé mais non imposé, ménageant la liberté des vignerons et la typicité aromatique du chenin.
- Interdiction du thermovinification — pour préserver la finesse et la complexité olfactive liée au terroir.
- Garantie de mise en marché : obligation de stockage sur lies pour les vins effervescents (minimum 12 mois).
L’objectif affiché est double : préserver la singularité des sols argilo-calcaires et tuffeau, tout en accompagnant l’évolution des pratiques vers plus de naturel et de respect de l’environnement.
3. Révision du périmètre géographique et des cépages
La délimitation parcellaire fait aussi l’objet d’actualisations. La cartographie de l’AOC, minutieusement redéployée à l’aide d’études de sols récentes (projet "Sols et terroirs du Vouvrillon" piloté par la Chambre d’Agriculture d’Indre-et-Loire), intègre l’exigence d’implantations historiques, préservant l’essence du Vouvray originel.
- 100 % chenin blanc (localement dit pineau de la Loire) demeure la règle absolue.
- Le projet d’intégrer d’autres cépages résistants, au nom de l’adaptation climatique, a été discuté mais repoussé, mettant l’accent sur la recherche de sélections massales du chenin.
En 2022, plus de 2 100 hectares sont concernés par ces nouveaux critères, incluant les villages de Vouvray, mais aussi Chancay, Noizay, Rochecorbon, Vernou-sur-Brenne, Touraine et Reugny.(4)