Panorama des cépages anciens remis en culture dans les AOC du Val de Loire
Le Pineau d’Aunis : un rouge poivré ressuscité
Ce cépage à la personnalité affirmée, présent principalement dans la Sarthe, le Loir-et-Cher et la Touraine, avait vu sa surface divisée par 10 en un siècle (source : Atlas de la France des vins, Benoist Simmat). Autrefois l’un des piliers des vins rouges de Loire, il n’occupait plus que 360 hectares au début des années 2010. Depuis la fin des années 2000, il retrouve ses lettres de noblesse, poussé par les vignerons de Jasnières, de la Côteaux du Loir, du Vendômois — mais aussi, à la marge, en Anjou et dans le Saumurois. Son profil aromatique éclatant, mêlant poivre blanc, fruits rouges frais et épices, séduit aujourd’hui une nouvelle génération de consommateurs.
- Appellations concernées : Coteaux du Loir, Côteaux du Vendômois, Jasnières
- Réintroduction notable chez des domaines comme La Grapperie (Renaud Guettier) ou Dominique Derain.
Le Grolleau : de l’ombre à la lumière
Longtemps boudé pour ses rendements élevés et ses vins jugés trop légers, le Grolleau était destiné principalement aux rosés d’Anjou. Mais il connaît, depuis les années 2010, un regain spectaculaire. Plusieurs vignerons de talent, notamment dans les AOC Anjou, Touraine et Saumur — Domaine Mosse, Clau de Nell, ou Bertin-Delatte — ont remis le Grolleau en plantation, en privilégiant une vinification de rouge sur le fruit, ou des rosés de gastronomie. En 2022, plus de 800 hectares sont recultivés, contre à peine 600 en 2005.
- Appellations concernées : Anjou, Touraine, Saumur
- Intérêt : rusticité, fraîcheur, potentiel de vinifications modernes (macérations courtes, légères, vins sans soufre).
Le Romorantin : l’unique du Cheverny
Originaire de Bourgogne, le Romorantin n'a subsisté qu’à Cour-Cheverny, unique AOC française consacrée à un seul cépage. Implanté il y a 500 ans par François Ier (source : Syndicat Cour-Cheverny), il offre un vin blanc à la fois tendu et persistant, oscillant entre minéralité et miel. Sa superficie reste modeste (70 hectares dans l’AOC), mais de nouveaux jeunes vignerons plantent à nouveau ce cépage, séduits par son potentiel de garde et sa singularité.
Le Menu Pineau (Orbois) : compagnon discret en pleine renaissance
Cépage typique du Loir-et-Cher et de la Touraine, souvent appelé Orbois, il n’occupait plus que 70 hectares en 2018 (source : Vivc.de). Aujourd’hui, il fait un retour timide, notamment dans les assemblages de Vouvray et de Montlouis, où il apporte une touche florale et une vivacité bienvenue. Certains domaines, comme le Domaine du Clos Naudin ou François Chidaine, l’intègrent à leurs cuvées emblématiques.
Le Fié Gris (ou Sauvignon Gris) : le parent oublié du Sauvignon
Le Fié Gris, autrefois très répandu en Touraine, n’en comptait plus que 20 hectares en 2001. Il offre des vins aromatiques, plus modérés en acidité que le Sauvignon Blanc, avec des notes de fruits exotiques, de mangue, de coing. La famille Puzelat (Clos du Tue-Bœuf) et d’autres expérimentateurs du Loir-et-Cher en sont les fers de lance.
L’Aubin et les cépages “seconds” du Chenin
Parmi les cépages blancs anciens, l’Aubin blanc ou encore le Meslier Saint-François, compagnons historiques du Chenin, connaissent eux aussi une petite renaissance, essentiellement en Anjou et Touraine. Leur part reste confidentielle (moins de 10 hectares), mais ils sont régulièrement replantés à titre expérimental (source : InterLoire, 2022). Leur intérêt ? Intégrés en “complantation” parmi le Chenin, ils enrichissent le spectre aromatique et apportent une résistance naturelle à certaines maladies foliaires.