Christophe Daviau et son N°17 : le goût du terroir ligérien à l’état pur

3 septembre 2025

Un vigneron, un numéro et des racines : l’Anjou comme point de départ

Au cœur du Val de Loire, à Brissac-Quincé, la famille Daviau perpétue l’art du vin sur le domaine de Bablut depuis 1546, sur un coteau exposé plein sud. Christophe Daviau incarne aujourd’hui cette lignée vigneronne, à la fois fidèle à l’Anjou et intensément curieux des chemins à défricher. Son N°17, un Anjou blanc, incarne un certain rapport au terroir ligérien : empirique, sensible, résolument tourné vers la personnalité du lieu.

Pourquoi ce numéro, ce N°17 ? Il s’agit bien d’un manifeste, plus que d’un simple vin : le projet des cuvées “Vin Ligérien”, lancé dès 2003 par Christophe Daviau, entend aller au-delà des traditionnelles logiques d’appellation. La série, dont fait partie le N°17, vise à révéler la singularité d’un millésime, d’une parcelle, d’un geste viticole. Ici, ni uniformité ni standardisation : chaque numéro célèbre une identité propre, tout en s’inscrivant dans le grand livre du terroir de Loire.

La mosaïque ligérienne : géologie et microclimats à la loupe

Le N°17 n’est pas qu’une étiquette originale : il reflète la complexité des sols de l’Anjou. Presque 90 % du territoire de l’appellation repose sur le Massif armoricain, fait de schistes, grès, sables et argiles, avec des nuances frappantes d’une parcelle à l’autre (Source : Interloire, Atlas du Vignoble). Pour cette cuvée, Christophe Daviau privilégie les argilo-schistes sur tufs, typiques de l’Anjou noir, à l’est d’Angers, qui favorisent la minéralité et la fraîcheur dans le chenin blanc.

  • Sols de schistes et tufs : Donnent aux vins une énergie vibrante, une subtilité saline et une très grande buvabilité.
  • Microclimat de l’Anjou noir : Entre influence atlantique tempérée et protection des collines, permettant une maturation lente et homogène des raisins.

Le vin n’est ici que la traduction de ces éléments : le N°17 n’aurait pas le même profil sur d’autres coteaux, même distants de quelques kilomètres.

Le Chenin blanc, vigie ligérienne

Impossible d’évoquer N°17 sans rendre hommage au cépage qui le fonde : le chenin blanc. Loin d’être un simple support aromatique, il est ici le médium du sol et du climat, capable d’épouser et de révéler la moindre variation géologique. L’Anjou en a fait sa signature historique, et Christophe Daviau travaille sans aucun compromis sur la maturité : récoltes à pleine maturité mais sans excès de sucre, conservation de l’acidité naturelle, pressurage lent et doux.

  • Chenin, roi du Val de Loire : 32 000 hectares plantés en Val de Loire (Source : Vins du Val de Loire), dont plus de la moitié en Anjou et Saumur.
  • Signature aromatique : Le N°17 exprime des notes de poire fraîche, de fleurs blanches, de silex, avec une finale tendue, précise.

La philosophie Daviau : vinification douce et identité ligérienne

L’identité du terroir ligérien, Christophe Daviau la protège à chaque étape de vinification :

  • Fermentation en cuves béton (ou parfois barriques neutres) : afin de préserver la pureté du fruit.
  • Levures indigènes seulement : pas d’intrants, laissent au vin le temps de trouver son expression propre, selon la philosophie biologique et biodynamique chère au domaine depuis 1996.
  • Soutirages rares, élevage long sur lies françaises : construction de la texture sans maquiller la trame minérale naturelle.
  • Sulfites en doses minimales : pour le respect du vivant et l’authenticité des saveurs.

La mention “Vin Ligérien” trouve ici son sens premier : le N°17 ne cherche pas l’épate ou la facilité aromatique, mais une retranscription limpide du lieu. Il rend à la Loire son franc-parler, et au chenin sa voix la plus nue.

Une singularité assumée : hors des codes, dans l’esprit ligérien

Ce que ce vin a de profondément ligérien, c’est sa capacité à ne pas se soumettre aux attentes formatées. Dichotomie classique en Anjou : un chenin blanc peut osciller entre liquoreux opulent ou sec mordant. Le N°17 se place entre les deux : tendre sans lourdeur, sec sans dureté, il reste fluide, porté par une acidité cristalline et une salinité qui appelle la table.

  • Alcool modéré (12,5 à 13 %) : Reflet du profil ligérien, peu enclin à la concentration extrême.
  • Millésime à millésime, les identités restent marquées mais les volumes très confidentiels (quelques milliers de bouteilles par an seulement – Source : Bablut).
  • Dégustation : tension, énergie, longueur saline – ce sont ces marqueurs qui, pour de nombreux jeunes vignerons du Val de Loire, définissent aujourd’hui l’identité ligérienne.

Le N°17 s’inscrit dans une tendance qui traverse la Loire depuis quinze ans : retour à des vins moins démonstratifs, plus à l’écoute du vivant et du sol. Cette école du “moins, c’est mieux” – vins effilés, droits, avec une sensibilité digeste – a fait école dans toute la vallée.

Patrimoine vivant et visibilité : la Loire, laboratoire de la diversité

Paradoxalement, cette exigence de terroir ne condamne pas à l’hermétisme. Les cuvées “Vin Ligérien” parlent autant aux fins connaisseurs qu’aux curieux désireux de comprendre l’âme ligérienne. À l’export, l’Anjou commence à séduire, mais ce sont surtout les sommeliers qui, en France, portent ce type de vin sur des cartes audacieuses. D’après l’enquête Interloire 2023, 65 % des Anjous blancs de terroir se vendent en restauration, contre 42 % il y a dix ans.

  • International : 23 % de la production d’Anjou blanc part à l’export (Source : Interloire).
  • Visibilité sur la place de Paris : forte hausse sur les cartes viniques de restaurants étoilés, de Septime à Alliance en passant par Palégrié à Lyon.

Plus profondément, Daviau s’inscrit dans la lignée des “nouveaux classiques” : il conserve les gestes fondamentaux du Val de Loire tout en revendiquant une lecture contemporaine. Cela fait l’unicité de ces parcelles à Brissac, et, par ricochet, du N°17.

Un vin à suivre : perspectives et résonances ligériennes

Christophe Daviau prouve, à travers ses Vins Ligériens, que le terroir n’est ni un concept marketing ni une nostalgie patrimoniale : il est question d’écoute, de minimalisme technique, de confiance dans le millésime. Alors que de nombreux crus ligériens retrouvent aujourd’hui une aura internationale, le N°17 témoigne de la capacité du vignoble à s’émanciper des carcans, à imposer son style sur la carte des grands vins de Loire.

En filigrane, ce vin tisse la toile d’un Val de Loire toujours mouvant, mais jamais déconnecté de ses racines géologiques et humaines. Il incarne cette vitalité ligérienne qui tient du paradoxe : une force tranquille, discrète mais intransigeante.

  • La Loire, axe vivant : plus de 800 kilomètres de vignoble, 51 000 hectares, 70 appellations, mais une même envie de rendre le terroir lisible (Source : Vins du Val de Loire).
  • Le domaine Bablut : pionnier de la biodynamie, acteur des vins “de lieu” bien avant la mode, ambassadeur du chenin intemporel.

Pour aller plus loin : lectures, visites et rencontres

  • Visiter le domaine Bablut : Brissac-Quincé, ouvert toute l’année, dégustations sur rendez-vous (Domaine Bablut).
  • Poursuivre la découverte des chenins ligériens via “Le Chenin Magazine”, revue dédiée au cépage (Le Chenin Magazine).
  • À lire : “Vignerons d’Anjou, une histoire de famille” (Librairie Gourmande), “Atlas du vignoble du Val de Loire” (Éd. de l’Atlas).
  • Sur la route des vins : l’itinéraire “Route du Vin de Loire” (Interloire), entre Brissac, Savennières et Saumur.

Le N°17 de Christophe Daviau, c’est l’histoire d’un vigneron ligérien amoureux de ses sols, et d’un vin qui raconte la Loire dans ses nuances les plus fines. À déguster, à partager, et surtout, à interroger : car c’est là toute la force du vin ligérien contemporain : il invite, toujours, à revenir à la source.

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