Pourquoi le côt connaît-il une renaissance, vinifié seul ?
1. Un changement de regard sur les cépages “oubliés”
La tendance actuelle des consommateurs comme des vignerons de Loire va à la quête d’authenticité, de racines, de diversité aromatique. Le côt, autrefois cantonné aux assemblages (notamment avec le cabernet franc), tire aujourd’hui parti de cet engouement. Les vins monocépages se font ambassadeurs d’un terroir net, traceurs d’un style, ce que l’INAO a validé pour plusieurs AOC locales (Touraine, Touraine-Chenonceaux…).
L’essor des vinifications naturelles, la généralisation des cuvaisons douces et des élevages peu interventionnistes révèlent l’identité profonde du côt – moins extrême qu’on le croyait, parfois même d’une inédite élégance. Entre 2010 et 2023, le nombre de cuvées 100 % côt en Touraine a doublé selon l’ODG Touraine.
2. Une réponse aux évolutions du climat et du goût
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Changement climatique : La vallée de la Loire n’échappe pas aux étés plus chauds, aux stress hydriques ponctuels. Le côt, bien que sensible à la coulure, supporte mieux la chaleur que le gamay ou le cabernet franc, qui peinent parfois à atteindre maturité optimale.
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Demande de vins “de bouche” : Les consommateurs ne recherchent plus seulement des rouges boisés, puissants. Ils plébiscitent désormais des vins juteux, digestes, structurés mais immédiatement accessibles, où le fruité s’exprime sans lourdeur. Le côt, vinifié en macération courte et souvent en cuve, répond parfaitement à cela.
Ce n’est pas un hasard si, sur le millésime 2018 (année solaire par excellence), les rouges de côt figuraient en tête des concours ligériens pour leur fruit éclatant (Concours des Vins du Val de Loire).
3. L’audace et la curiosité d’une nouvelle génération de vignerons
De jeunes domaines émergent, revendiquant le cépage comme drapeau : Les Maisons Brûlées, Clos Roussely, Jean-Christophe Mandard, Lise & Bertrand Jousset (Montlouis-sur-Loire), ou encore Vincent Ricard (Thésée) proposent aujourd’hui des côts d’une identité affirmée, parfois des cuvées parcellaires ou par types de sols.
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Recherche de typicités fines : La pratique de la vinification en grappes entières, ou l’élevage en amphores, apportent au côt une dimension nouvelle, plus délicate que massive.
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Vinifications parcellaires et bio : 65% des cuvées 100 % côt créées depuis 2015 sont labellisées en bio ou en biodynamie (source : Union des Vignerons bio du Centre Val-de-Loire).
Ici, les pionniers prouvent que le côt de Loire sait échapper aux caricatures du malbec sudiste : moins de bois, plus de sol, moins d’alcool, plus de fraîcheur.