Comprendre les dynamiques autour de Fabien Murail, Fiefs Vendéens et le Vin Ligérien N°18

13 juillet 2025

Fiefs Vendéens : un vignoble singulier sous les radars

Au détour des routes sinueuses de la Vendée, le regard s’arrête rarement sur les vignes. Pourtant, quelques dizaines de vignerons façonnent là un trésor de plus en plus précieux : l’appellation Fiefs Vendéens. Créée en 2011, cette AOC regroupe cinq îlots de production, chacun porteur d’identités bien distinctes : Brem, Chantonnay, Mareuil, Pissotte et Vix, pour un total d’à peine 400 hectares (source : Fiefs Vendéens AOC).

C’est peu, à l’échelle du Val de Loire, qui frôle les 57 000 hectares plantés (source : InterLoire). Mais derrière cette discrétion, les Fiefs Vendéens affichent une mystérieuse complexité : influences océaniques, sols de schistes et de quartz, encépagement mêlant gamay, pinot noir, cabernet franc ou negrette, chenin et chardonnay.

  • 5 sous-appellations : Brem, Mareuil, Chantonnay, Pissotte, Vix
  • Environ 25 producteurs commercialisent sous l’AOC (chiffres 2022, source : ODG Fiefs Vendéens)
  • Production annuelle : entre 15 000 et 18 000 hl/an

Longtemps cantonnés à une image de vins locaux, ces crus cherchent aujourd’hui une reconnaissance plus large, portée par une génération de jeunes vignerons exigeants. Parmi eux, Fabien Murail, installé à Mareuil-sur-Lay, incarne ce mouvement.

Fabien Murail, un vigneron au carrefour des transitions

Natif de la région, Fabien Murail a repris le Domaine de la Touche et ses 16 hectares conduits en bio depuis 2016. Sa démarche synthétise à elle seule de nombreux enjeux actuels : valorisation d’un terroir souvent éclipsé, transition écologique, affirmation d’une identité propre face aux standards ligériens plus diffus.

Bio, biodiversité et climat : des choix qui engagent

  • Certification biologique obtenue en 2019, sur l’ensemble du domaine — alors que moins de 20 % du vignoble vendéen est conduit aujourd’hui en bio ou conversion (source : ODG Fiefs Vendéens, 2023)
  • Travail sur la biodiversité : installation de haies, couverts végétaux, parcelles refuges pour les pollinisateurs
  • Adaptation climatique : cépages anciens remis à l’honneur (negrette, grolleau gris), expérimentations de tailles longues pour retarder le débourrement

Ces choix environnementaux sont d’autant plus cruciaux que la Vendée subit une double influence climatique : douceur de l’Atlantique mais aussi stress hydrique marqué lors des étés récents. « Les derniers millésimes, on a vendangé en avance, il a fallu s’adapter tout de suite », confie Fabien Murail (>source : entretien, L'Oeil du Vin, 2023).

Le Vin Ligérien N°18 : un cru dans la lumière

Mais qu’est donc ce « Vin Ligérien N°18 » qui fait parler de lui récemment ? Derrière cette simple numérotation, se cache un vin remarquable, produit par Fabien Murail sur le millésime 2022. Un assemblage atypique de pinot noir, negrette, cabernet et grolleau, vinifié dans l’esprit des traditions ligériennes : finesse, fraîcheur, équilibre.

  • Rendement maîtrisé : à 28 hl/ha seulement, pour privilégier la concentration
  • Vinification : grappes entières, macération en cuve béton, élevage 10 mois
  • Dégustation : notes de griotte, pivoine, touche saline en finale

Ce Vin Ligérien N°18 a décroché en 2023 une médaille d’or au concours des Vins du Val de Loire, asseyant la réputation du domaine hors des frontières vendéennes (source : Concours des Vins Val de Loire).

Les enjeux d’une reconnaissance nationale (et au-delà)

L’appellation en quête de notoriété

Le principal défi des Fiefs Vendéens demeure leur faible reconnaissance, y compris en Loire. La faute à une histoire tourmentée : phylloxera au XIX siècle, exode rural, tempêtes Xynthia et Klaus, difficulté d’accès aux marchés parisiens ou étrangers.

Aujourd’hui, des efforts sont engagés :

  • Communication collective (salons, journées portes ouvertes, événements comme « Les Rendez-vous du Vin de la Vieille Vigne »).
  • Présence progressive à Paris et Bruxelles, via des cavistes militants et la restauration gastronomique.
  • Poussée sur l’export : 12% des volumes partent désormais au Benelux, en Allemagne ou encore au Japon (source : InterLoire).

Si le Val de Loire rayonne avec ses grandes figures — Vouvray, Sancerre, Chinon — les Fiefs Vendéens, à l’image du Vin Ligérien N°18, esquissent une Loire différente, océane, moins attendue.

Défis internes : transmission et structuration

  • Structures d’exploitation fragilisées : la majorité des domaines produits moins de 40 000 bouteilles/an, difficile d’intégrer des réseaux de distribution traditionnels.
  • Problème générationnel : plusieurs domaines cherchent repreneurs, l’installation d’une nouvelle génération (moins de 15 % des vignerons ont moins de 40 ans dans la zone).
  • Initiative collective avec la démarche HVE ou bio : pour donner une image dynamique et attirer de jeunes porteurs de projets.

Identité, authenticité et prix justes

Les vignerons revendiquent des vins de lieu, plus que de marque. Le Vin Ligérien N°18, vendu autour de 14-16 €, prouve qu’il existe un créneau pour des cuvées haut de gamme, quand la moyenne des Fiefs Vendéens reste encore à 6-8 € la bouteille (source : rapport InterLoire 2023).

Ce positionnement oblige à convaincre les consommateurs, restaurateurs et cavistes, habitués aux références plus classiques du Val de Loire, que l’Océan n’est pas qu’un décor : il signe le vin.

Entre tradition et audace : la force du collectif vendéen

Les enjeux autour de Fabien Murail et de cuvées comme Vin Ligérien N°18 illustrent la capacité du vignoble vendéen à se réinventer sans renier ses racines. La relance de cépages disparus, la protection des vieux parcs à ceps, la transmission d’un patrimoine viticole familial, mais aussi l’ouverture à la jeune génération de sommeliers qui s’enthousiasment pour ces vins de climat.

  • Initiatives tels le collectif « Vendée Vins Bio » (10 domaines membres) amplifient la visibilité du terroir vendéen
  • Actions pédagogiques auprès des écoles hôtelières de Nantes, la Roche-sur-Yon, Angers
  • Des exportations à taille humaine, favorisant la rareté et attisant la curiosité d’amateurs à Londres ou Berlin

Si l’avenir reste façonné d’incertitudes — climat, renouvellement des forces vives, équilibre économique — les Fiefs Vendéens, grâce à des figures comme Fabien Murail, prouvent qu’un vignoble modeste mais singulier peut ouvrir de nouveaux horizons pour le Val de Loire.

À surveiller : une dynamique inspirante au cœur de la Loire

Peu de régions incarnent aussi bien la ténacité face aux vents contraires. Les Fiefs Vendéens, via leurs vignerons engagés, rappellent que la Loire est faite d’éclats mineurs et de grands élans. Vin Ligérien N°18, dans cette histoire, agit comme une balise : promesse de vins d’émotion, de territoire, d’avenir.

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