Sancerre autrement : Matthias & Émilie Roblin, la jeunesse engagée d’un grand terroir ligérien

13 août 2025

Un sancerrois de caractère à Sury-en-Vaux

À la frontière nord du Val de Loire, Sancerre s’impose depuis des décennies comme une référence mondiale du sauvignon blanc. Pourtant, derrière la notoriété, se tissent au creux des collines des histoires singulières, parfois discrètes, souvent vibrantes. À Sury-en-Vaux, aux portes de Sancerre, Matthias et Émilie Roblin incarnent une génération de vignerons qui façonne patiemment le visage actuel du cru ligérien.

Ce duo, cousin et cousine, signe des cuvées qui interrogent et révèlent le terroir autant qu’ils perpétuent 250 ans d’ancrage familial (source : site du domaine Matthias & Émile Roblin). Ici, la vigne ne se contente pas de pousser — elle narre. Elle porte une énergie nouvelle, portée par deux tempéraments complémentaires : le goût de la précision, la volonté de transmettre et l’humilité devant la nature.

L’histoire d’une transmission et d’un nouvel élan

Reprendre les rênes d’un domaine familial tout en insufflant de nouveaux gestes : tel est le défi relevé par Matthias Roblin, arrivé au domaine en 2000, rejoint par Émilie en 2012. Si le terroir est ancien, leur engagement l’est moins. La famille Roblin exploite 19 hectares, dont la majeure partie en appellation Sancerre. Les vignes s’épanouissent sur trois grands types de sols (caillottes, terres blanches, silex), essentiels à la mosaïque du vignoble.

Sancerre totalise aujourd’hui près de 2 800 hectares, dont 80% plantés en sauvignon blanc (source : Syndicat des Vins de Sancerre). Mais chez les Roblin, chaque parcelle fait l’objet de soins minutieux : travail du sol adapté, enherbement naturel, réduction des intrants, labours mesurés. Un virage engagé voilà une douzaine d’années pour préserver la vie des sols et la singularité de chaque secteur.

Des vignes au verre : vinifications sur-mesure et respect du vivant

Matthias & Émilie Roblin refusent la standardisation. Ici, pas de course à la puissance ni à l’effet technologique : leur credo, la finesse, la buvabilité, et « l’émotion juste », pour reprendre leur propre expression (source : Terre de Vins, 2022).

  • Vendanges majoritairement manuelles : la date est décidée selon la dégustation des baies, plutôt que le seul degré potentiel. L’objectif : préserver tension, fraîcheur et l'énergie iodée qui caractérisent certains secteurs de Sury-en-Vaux.
  • Presse douce : les raisins sont traités sans extraction outrancière, pour ne garder que le jus le plus pur.
  • Fermentations lentes : réalisées en cuves inox ou, pour certaines cuvées, en foudres et demi-muids, afin de magnifier les textures sans masquer l’éclat du fruit. Les fermentations se déroulent à basse température, parfois sur plusieurs semaines, favorisant la complexité aromatique.
  • Bâtonnage limité : l’élevage sur lies fines permet d’apporter du gras, tout en conservant cette verticalité propre au sauvignon des caillottes.

Le domaine s’attache à dévoiler chaque année entre 6 et 8 cuvées distinctes, allant du sancerre blanc signature (« Ammonites », « Origine »…) à des parcellaires plus rares (« En Grands Champs », « Les Calcaires »), en passant par des rouges issus de pinot noir vinifiés tout en délicatesse.

Focus sur le millésime 2022 : une année à contretemps

2022 fut un millésime atypique : précocité de la floraison, été caniculaire, quelques précipitations salutaire début septembre… En Val de Loire, cela a donné des volumes parfois réduits mais une concentration aromatique remarquable. Chez Roblin, le défi était de préserver fraîcheur et signature saline malgré la richesse naturelle. L’analyse des jus révèle des pH autour de 3,15–3,2 et des degrés modérés pour l’appellation (12,5–13%), un équilibre que beaucoup leur envient sur le secteur.

Le sancerre blanc « Ammonites » 2022 déploie une palette d’agrumes mûrs, de craie pilée, avec cette finale tendue, iodée, signature de plusieurs sols à ammonites fossilisées qui parsèment le vignoble autour de Sury-en-Vaux. Un vin salué aussi bien chez les cavistes français que sur les tables londoniennes et new-yorkaises (source : Bettane+Desseauve 2023).

Déguster un Sancerre de Matthias & Émilie Roblin : entre verticalité et sincérité

Difficile de réduire en quelques lignes la palette des sancerres issus de cette maison. Quelques notes marquantes reviennent souvent lors des dégustations – et font la différence face à d’autres profils de l’appellation :

  • Au nez : précision, notes de poire fraîche, pierre à fusil, zeste de pamplemousse. Loin de l’exubérance du sauvignon standardisé.
  • En bouche : attaque cristalline, bouche allongée, trame salivante, finale délicatement amère.
  • En rouge : pinot noir à la robe légère mais à la densité surprenante, fruits rouges acidulés, bouche souple, tanins polis.

La longévité des blancs est remarquable : 7 à 10 ans pour les cuvées parcellaires, parfois davantage sur les grands sols de silex ou de terres blanches. Ces vins conviennent aussi bien à l’apéritif qu’aux accords raffinés : chèvre de Chavignol, carpaccio de bar, sashimi de daurade, asperges saumuroises…

Le domaine Roblin face aux enjeux environnementaux et sociaux d’aujourd’hui

Comme nombre de domaines du Sancerrois, le virage agro-écologique est devenu incontournable. Matthias & Émilie Roblin ont obtenu la certification HVE (Haute Valeur Environnementale) en 2018, mais sont allés plus loin depuis : arrêt de l’herbicide, gestion de la biodiversité, expérimentation d’enherbements fleuris et couverture hivernale pour protéger les sols contre l’érosion.

Sur le plan social, la saisonnalité du travail agricole reste un défi. Attaché au recrutement local, le domaine investit dans la formation continue des salariés et accueille stagiaires et apprentis pour transmettre un savoir-faire. Une part importante de la récolte s’effectue en vendange manuelle, nécessitant chaque année une cinquantaine de saisonniers à l’automne (source : La Nouvelle République, 2022).

La question de la transmission anime également Matthias & Émilie, pour qui il ne s’agit pas seulement de « faire » du vin, mais de « faire lien » sur le territoire. Accueil au domaine, portes ouvertes, cuvées éphémères en soutien à des causes solidaires : le vignoble ligérien se vit ici comme une aventure collective.

Le visage du nouveau Sancerre : entre tradition et ouverture sur le monde

Aujourd’hui, 55% des vins du domaine Roblin sont exportés (principalement Royaume-Uni, États-Unis, Scandinavie, Japon), quand la moyenne du Sancerrois tourne autour de 40% (source : InterLoire, chiffres 2023). Un ancrage local fort, mais aussi une conscience de la scène internationale et des exigences nouvelles du marché.

Loin d’une vision figée, Matthias & Émilie Roblin cherchent à raconter ce qui bouge à Sancerre, en Loire, en France : la quête de pureté, la relecture du terroir, la montée des enjeux climatiques et humains. Une « nouvelle vague » discrète mais déterminée, où l’avenir du vignoble ligérien se dessine entre racines profondes et audace respectueuse.

Changer le regard sur Sancerre : pourquoi ce style séduit aujourd’hui ?

  • Par leur exigence : refus du compromis sur la maturité, la netteté, la persistance en bouche.
  • Par leur accessibilité : un style pur, digeste, lisible, loin des verres saturés d’arômes artificiels.
  • Par leur engagement : défendre une viticulture plus durable sans posture dogmatique.
  • Par leur ouverture : goût du partage, dialogue constant avec la sommellerie, l’art – à l’image de leurs collaborations régulières avec de jeunes chefs ou artistes du Val de Loire.

Ce n’est pas un hasard si, après de grands établissements parisiens et des restaurants étoilés, les cuvées Roblin s’installent aussi sur les cartes de bistrots et de cavistes recherchant authenticité et terroir. À l’heure où le sancerre est souvent synonyme (à tort) de blancheur anonyme, ces bouteilles dévoilent une Loire pleine, dense, sincèrement ligérienne.

Au fil des vignes et des saisons : Sancerre par Matthias & Émilie Roblin

La visite du domaine ressemble à une traversée d’époques et de reliefs. Entre les crêtes exposées au vent, les murets de calcaire et les genévriers, les gestes se répètent : observer, écouter, accompagner. Sancerre, au XXIe siècle, n’est ni musée ni laboratoire, mais un paysage vivant, à hauteur d’homme, à hauteur de verre.

Dans le compagnonnage silencieux de la Loire, au gré des caprices du temps, Matthias & Émilie Roblin posent un regard neuf : celui d’un sancerre qui allie précision, générosité et respect de la terre. Multiforme, inépuisable, attachant — à leur image, et à celle du Val de Loire d’aujourd’hui.

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