Des styles affirmés : entre tradition et audace
Les grands classiques revisités : Muscadet et sa longueur saline
La grande majorité des parcelles plantées dans le cadre du projet donnent naissance à des Muscadets à la fois fidèles à leur réputation — secs, tranchants, aux notes d’agrumes et de fleurs blanches — mais aussi revisités selon les choix de vinification (travail sur lies, élevages longs, amphores). Plusieurs cuvées sortent du schéma “vin technique pour huître”, s’affirment sur la tension mais tendent à la rondeur lorsqu’elles sont conservées plusieurs mois sur lies, à la manière des grands crus explorés à Clisson ou à Gorges.
-
Muscadet sur Lies : éclat aromatique, notes de fruits blancs, sensation beurrée parfois, longueur saline. Les mises récentes tendent à révéler l’émotion du terroir plus que la technique.
-
Micro-cuvées millésimées : autour de 1 000 à 1 500 bouteilles par an, chaque mini-parcelle livre sa propre lecture du millésime — la météo 2022, par exemple, a donné des blancs d’un équilibre rare, vibrants et mûrs malgré la sécheresse (source : Vignes de Nantes).
Des effervescents qui pétillent hors des sentiers battus
Le climat vivifiant de Nantes se prête admirablement à l’élaboration de vins mousseux de qualité. Plusieurs groupes œuvrent dans le sillage de Viens Planter Ton Cep à vinifier de petites quantités en Pétillant Naturel (pét-nat) ou en brut traditionnel. Le Melon de Bourgogne, élevé en bouteille sur ses levures, offre alors des bulles fines, à l’acidité mordante, souvent non dosées, très dans l’air du temps.
L’orientation prend parfois le parti de la spontanéité : pressurage direct, levures indigènes, absence de soufre ou usage minimal, pour faire parler le fruit net et une pureté de sensation. Quelques tentatives avec Gamay offrent même des rouges perlants, inspirés des traditionnels gris de Loire.
Les rouges légers, nouvelles signatures de la périphérie nantaise
Tandis que longtemps Nantes n’envisageait la vigne que sous le prisme du vin blanc, le projet expérimente — timidement mais résolument — quelques cuvées rouges. Quand le Gamay ou le Pinot Noir sont implantés en têtes-de-cuvée, ils livrent des vins très souples, peu tanniques, à la buvabilité désarmante.
- Cuvées glouglou : mises en marché jeunes, peu extraites, quasiment sans bois, à servir frais.
- Aromatique sur petits fruits : fraise, groseille, épices douces ; parfait avec charcuteries, poissons grillés de Loire, fromages frais.
-
Quête de l’éthique : la grande majorité de ces rouges sont élevés en cuves inox ou béton, parfois en jarre pour ceux qui souhaitent exclure tout apport boisé extérieur.
Si la quantité reste marginale (moins de 5% des récoltes en 2023), ces rouges expriment une part d’avant-gardisme à scruter de près, soufflée par un public jeune en quête de légèreté mais de caractère.