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Interloire mobilisée pour un vignoble durable

Interloire lance le signal de la mobilisation vers un vignoble de Loire durable.  L’interprofession répond ainsi aux exigences des Etats Généraux de l’Alimentation. Entretien avec Jean-Martin Dutour, son président.

 

Lors de sa dernière assemblée générale, Interloire a lancé une réflexion autour de la viticulture durable. Pourquoi l’interprofession s’intéresse-t-elle aujourd’hui au développement durable ?

«  Parce qu’on n’a pas le choix. C’est une demande sociétale forte, et d’ailleurs les vignerons font aussi partie de la société. Et nous sommes tous en demande de préservation de ce qu’on appelle la nature. Il est indispensable que chacun se réinterroge dans ses pratiques pour préserver notre environnement. Il ne faut pas se voiler la face. La société évolue… et nous devons évoluer avec elle.»

Concernant la filière viticole, quelles pratiques doivent-elles être réinterrogées ?

« Toutes les pratiques, comme dans l’ensemble de la société : la gestion des déchets, les produits phytosanitaires, le bilan carbone… Ca ne concerne pas que la filière vin qui serait particulièrement impactante. D’ailleurs, moi je ne vais pas m’amuser à comparer. Citez-moi une filière qui serait irréprochable. Si l’on observe ce point très particulier des phytosanitaires, effectivement, la filière viti est plus consommatrice à l’hectare que la céréalière, mais la surface de vignes est plus faible… Tout le monde doit se remettre en cause. »

Concrètement, que peut Interloire ?

« Pas grand chose. L’interprofession peut, dans la limite de ses moyens, stimuler la recherche pour trouver les alternatives. Elle peut travailler à stimuler le transfert d’infos techniques pour diffuser les bonnes pratiques, avec les Chambres. Notre rôle consiste à adopter une posture de prospective : on aide les opérateurs ou les structures collectives à regarder vers demain, à lever un peu la tête. Ce n’est pas un message subliminal, c’est le management du changement : comment emmener un collectif à changer ses pratiques. Ce n’est clairement pas à nous de dire ‘il faut faire comme ça’. En revanche, on peut au gré des différentes réunions, faire réfléchir en se projetant à 10, 20 ou 30 ans. »

 

Les principaux engagements chiffrés pris par la filière viticole française suite aux Etats généraux de l’Alimentation :

  • ne plus utiliser d’ici à 5 ans des produits nécessitant le port d’équipement de protection individuelle après les délais de réentrée (EPI).
  • que les autorités françaises ne renouvellent pas les autorisations de mise sur le marché de ces produits.
  • faciliter la certification des entreprises vitivinicoles, qu’elle soit HVE, bio ou autres, avec un objectif de 50 % des exploitations certifiées HVE à 2025,
  • D’ici à 3 ans, dans tous les vignobles, ne plus utiliser d’herbicides chimiques sur au moins 50% de la surface (hors vignobles en forte pente). A terme, un objectif de sortie des herbicides,
  • De n’utiliser que des matériels de pulvérisation limitant la quantité de produits et les phénomènes de dérive (avoir renouvelé dans les 5 ans 66% du matériel peu performant).

 

CVVL : les vignerons de Loire s’organisent face au négoce

La CVVL, confédération des vignerons du Val de Loire, s’agrandit. En plus de représenter les différentes appellations de Nantes à Blois, l’organisation accueillera désormais les représentations des vignerons indépendants, des bio et des caves coopératives. Objectif : parler d’une seule et même voix face au négoce.

La CVVL, mais qu’est-ce que c’est encore que ça ?
La confédération des vignerons du Val de Loire réunit le « collège production », autrement dit les vignerons, de Nantes jusqu’à Blois. L’organisation doit porter leur voix notamment dans plusieurs instances « de bassin », des lieux de décision transversaux présidés par les préfets… Mais aussi au sein d’Interloire.

La CVVL existait déjà… mais par manque d’ambition et de moyen, était jusqu’à présent restée une « coquille vide », explique un observateur. Tandis que de leur côté, les grandes maisons de négoce -il est vrai nettement moins nombreuses… – étaient déjà bien organisées au sein de l’UMVL (union des maisons du val de Loire).

Jusqu’alors, la CVVL réunissait « seulement » les différentes fédérations d’ODG (organismes de défense et de gestion) : Loir-et-Cher, Touraine et Sarthe, Anjou-Saumur et Vins de Nantes, IGP du Val de Loire.

La nouveauté, annoncée le 29 novembre 2016 suite à l’assemblée générale, c’est que la CVVL s’agrandit et se dote de nouvelles ambitions. Désormais, la CVVL accueille aussi les « syndicats de métiers » : Mouvement des vignerons indépendants du val de Loire, fédération régionale des Caves coopératives du val de Loire, association interprofessionnelles des vins bio du val de Loire (AIVB-VL).

La CVVL parlera « au nom des vignerons de Loire »

Et ça change quoi, au juste ?

« Vu de l’intérieur, c’est un énorme changement, se réjouit Joël Forgeau, actuel président de la CVVL (jusqu’à l’élection du nouveau bureau en janvier 2017). Sur plusieurs chantiers et dossiers, nous avons plusieurs interlocuteurs, le Préfet, la Région, face auxquels nous avons besoin de parler d’une position unique, décidée en amont. Jusque là, il y avait plusieurs voix pour la viticulture… »

Désormais, toutes les « diversités » de la viticulture pourront échanger « en famille » au sein de la CVVL, avant de porter une position légitime devant ces grandes instances « au nom des vignerons de Loire ».

La CVVL, qui siège aujourd’hui à Angers, planchera sur des grands chantiers transversaux, depuis les autorisations de plantation jusqu’aux dommages pour intempéries. Mais au-delà, souligne Joël Forgeau, il s’agira de « décider ensemble de l’avenir du vignoble de Loire dans le contexte mondial. Vers quoi on veut s’orienter, qu’est-ce qu’on veut faire des vins de Loire, où est-ce qu’on veut positionner nos vins ? »

Qui a peur du salon VinoVision ?

Après 30 ans de bons et loyaux services à Angers, le salon des vins de Loire doit-il craindre l’arrivée du petit nouveau, VinoVision Paris ?

Concurrence pour le salon des vins de Loire

« Oui, on peut clairement parler de concurrence pour le salon des vins de Loire », analyse Christian Groll, directeur du parc expo d’Angers, organisateur du salon des vins de Loire.
Certes VinoVision cible une clientèle « étrangère », 15% seulement des 9000 visiteurs du salon d’Angers. Le véritable concurrent visé serait donc ProWein, le salon allemand, plutôt que le salon des vins de Loire.

C’est vrai aussi que VinoVision présente un « concept » qui se veut différent. Les termes sont choisis : on nous parle de vins élégants, jeunes et fruités, de la capitale –Paris Paris , de Champagne et de la Bourgogne… Autant « d’éléments de langage » (bienvenue dans la com’) qui annoncent un ciblage « haut de gamme ».

Paris ou Angers, les vignerons devront faire un choix

Certes, les vignerons comme les professionnel resteront tout à fait libres de participer aux deux salons, s’ils le souhaitent (voire aux trois).

Mais plus probablement, et personne ne le nie, ils devront faire un choix: ce sera soit Angers, soit Paris.

VinoVision vise 650 exposants (entre les trois vignobles) pour atteindre l’équilibre souhaité. Clairement, pour remplir ses allées, les organisateurs devront « débaucher » des habitués d’Angers. On peut même imaginer que ce seront d’abord les « grosses maisons » (en volume et/ou en renommée) qui seront ciblées. De quoi déshabiller sérieusement le salon des vins de Loire, déjà boudé par le négoce.

Christian Groll sait tout ça, mais ne panique pas pour autant.

Interpros VS parc expo

D’abord parce que la nouvelle n’en est pas vraiment une. Ca faisait en effet quelques années que la rumeur circulait dans les allées des salons.

« Le salon des vins de Loire ne répondait plus à certaines attentes », explique diplomatiquement Catherine Duchêne, directrice de la com ‘export d’Interloire. Qui souligne au passage que le nouveau salon est une demande répétée des vignerons (et du négoce), pas une idée des administratifs de l’interprofession.

« Les professionnels ont missionné les interprofessions pour réfléchir sur la problématique de l’export, explique Benoît Roumet, du BIVC. Nous avons exploré plusieurs pistes, celle du salon à Paris a été retenue. »

A entendre les porte-paroles des interprofessions, aucune adaptation du salon des Vins de Loire, pour répondre aux besoins des professionnels, n’était possible. D’abord parce que « la Loire seule n’a pas un pouvoir d’attraction suffisant pour attirer les acheteurs étrangers ».

Mais surtout parce que le courant ne passait plus du tout avec la société du parc exposition, chacun en rejetant le tort sur l’autre. Le salon d’Angers a d’ailleurs déjà vu partir beaucoup de domaines (et le négoce), passant de 600 à 400 exposants en quelques saisons, avant de se stabiliser ces deux dernières années autour de 450. Le « choc » ne sera peut-être pas si brutal que ça, en définitive, les « mécontents » étant déjà partis.

« Quand il s’est agi de faire bouger les choses, on n’a pas toujours trouvé les partenaires », explique Christian Groll. « Ca a commencé à bouger quand certains sont partis. »

Rebondissement municipal et conjectures bio

Il est un point sur lequel tous conviennent : le salon des vins de Loire a « rebondi » ces deux dernières années. La ville d’Angers organise désormais une « semaine des vins de Loire » au devenir prometteur…. et les « bio » sont arrivés.

La participation de la Levée de la Loire et Demeter -plus de 400 vignerons en janvier cette année- n’est pas franchement mise en avant par le parc expo (normal : les « bio » organisent eux-mêmes leur salon, se contenant de louer l’espace avec un agencement très simple). Elle semble pourtant plus que primordiale pour la survie du salon des vins de Loire. Au point que certains verraient bien le salon d’Angers prendre plus à fond encore le virage « vert » pour devenir le « Millésime bio » du Nord.

Et ce d’autant plus qu’Angers accueille la même semaine d’autres salons professionnels (Anonymes, Renaissance…) très orientés « naturel » et au succès grandissant.  Quel impact auraient d’éventuelles difficultés du salon des vins de Loire sur ces « off » qui n’en sont plus vraiment ?

Conjectures…

Le trentenaire dynamique et le nouveau-né

Catherine Duchêne a en tout cas bien noté l’effort accompli par Angers. « Mais ça a démarré trop tard. Ceci dit, ce n’est pas parce qu’il y a VinoVision que cette dynamique doit s’arrêter», souligne-t-elle.

Ca tombe bien, ce n’est pas du tout dans l’intention du parc expo d’Angers. Christian Groll promet même « pas mal de surprises » pour l’édition 2017. D’une façon générale, le directeur se montre serein et sûr de son salon des vins de Loire. Le message lancé aux vignerons tentés par l’aventure parisienne est simple :

« Il vaut peut-être mieux traiter avec un trentenaire dynamique qu’avec un nouveau-né. »

Rendez-vous l’année prochaine pour faire les comptes… En espérant que tout cela profitera finalement aux vins de Loire.

5 choses à savoir pour comprendre la nouvelle fédération des Vins de Nantes

La fédération des vins de Nantes a pris son envol mercredi 17 février, à Vertou. Mais qu’est-ce donc que cette nouvelle organisation ?

De qui s’agit-il ?

La fédération des vins de Nantes regroupe trois ODG (organisme de défense et de gestion) du pays nantais : Muscadet, Gros plant du pays nantais et Coteaux d’Ancenis. Soit un peu plus de 600 entreprises « revendiquant l’appellation », dont environ 450 professionnels.

Chacune de ces ODG a un président, présent lors de la présentation de mercredi. Joël Forgeau représente le Muscadet, Jean-Michel Morille le Gros Plant et Pierre-Yves Huguet les Coteaux d’Ancenis (mais ce dernier était absent à la réunion).

Il faut désormais y ajouter un « porte-parole », chargé de parler d’une seule voix pour les trois territoires. Cette fonction a été confiée à François Martin, vigneron.

La fédération des vins de Nantes comprend aussi six salariés.

Pourquoi la fédération des Vins de Nantes voit-elle le jour maintenant ?

En réalité, la fédération existait déjà. Mais dans le mille-feuilles des organisations viticoles, son action était jusque là passée plutôt inaperçue.

Ce qui l’a réactivée, c’est le bouleversement en cours à Interloire. Interloire est l’interprofession, qui regroupe toutes les ODG du val de Loire. En juin dernier, les vignerons ont décidé, en assemblée générale, de retirer à Interloire la compétence « communication spécifique ».

Depuis, chaque ODG a repris son autonomie (décisionnaire et budgétaire) pour gérer la communication de « sa » marque. (Et Interloire se réorganise laborieusement.)

Dans le Nantais, les trois ODG ont décidé de travailler ensemble pour promouvoir les différentes appellations du coin. Et c’est ainsi qu’a resurgi la fédération.

Quels sont les projets de cette fédération des vins de Nantes ?

Depuis juin, l’équipe n’a pas chômé. Ils ont mis en place deux « pôles » : ODG et communication

Le premier concerne les ODG et leurs « missions régaliennes » (délimitations, cahiers des charges, etc.) confiées par l’INAO.

L’un des plus gros chantiers à venir concerne la « hiérarchisation des appellations » du Muscadet. Autrement dit, la réécriture du cahier des charges du Muscadet entrée de gamme. « Les vignerons la réclament depuis longtemps, mais le projet est resté au milieu du gué par manque de travail collectif », a résumé Joël Forgeau.

L’autre pôle englobe le vrai nouveau défi de la fédération : la communication.

Le groupe a attiré « des jeunes vignerons » et a des idées – revitaliser le château de la Frémoire en centre de tourisme d’affaires, campagne nationale de communication, site web, etc

Mais dans un premier temps, il s’agit surtout de consolider les partenariats en place : Hellfest, bar à Muscadet du Zenith, VAN, office de tourisme du vignoble nantais, etc. La « cible » prioritaire est clairement l’agglomération nantaise.

La maison des vins de Nantes va-t-elle rouvrir ?

Non, ce n’est pas prévu de rouvrir la maison des vins de Nantes, installée sur la place du Commerce, et fermée depuis le 15 novembre.Les vignerons ont évoqué l’idée d’un autre lieu « vitrine » à Nantes, sur l’île. Mais pas avant plusieurs années.

« On n’a pas vraiment le budget », a expliqué François Martin.

La cotisation « communication » a été fixée à 1,45€ (par HL revendiqué), soit un budget total d’environ 550000 euros. Impossible de comparer précisément avec ce qui avait cours à Interloire. Mais c’est vraisemblablement (un peu) moins qu’avant, ont estimé les responsables.

Au final, pour les vignerons, qu’est-ce qui change ?

Difficile à dire, vu de l’extérieur. La communication, autrefois gérée par une commission d’Interloire et un chargé de communication (François Robin) est désormais géré par un « pôle » de la fédération et… le même chargé de communication.

La fédération a installé son siège au château de la Frémoire, à Vertou. Mais Interloire avait également des bureaux dans ce même château, désormais vacants.

Enfin, côté cotisations, si l’on additionne les charges pour les vignerons, l’économie réalisée avec cette nouvelle organisation est d’environ 5 centimes (par HL revendiqué).

Mais indéniablement, les vignerons du Nantais semblent avoir trouvé un regain de motivation collective avec ce nouveau projet. Les responsables ont été surpris de voir débarquer dans les différentes commissions des nouvelles têtes, y compris des « jeunes vignerons ». « On les pensait désintéressés, mais ils ont montré au contraire qu’ils avaient compris que les ODG étaient des marques collectives », a évoqué François Martin.

Beaucoup de « détails » restent à régler, côté organisation (une assemblée générale est prévue « au printemps ») , et les chantiers à mener sont cruciaux. « Que voulons-nous ? Un avenir choisi ou un avenir subi ? Une chose est sûre : il va falloir avancer vite, a résumé Joël Forgeau. Chaque jour, l’économie du vignoble nous rappelle qu’on ne peut pas attendre. »

Quelques chiffres

650 « revendiquants d’appellation », soit environ 450 vignerons professionnels.

550000 euros, le nouveau budget « communication » locale des trois ODG.

1,45€ par HL revendiqué, la cotisation « com ».

1,20€ (moyenne par HL produit), la cotisation pour le pôle « ODG ».

2,50€ (par HL commercialisé), la cotisation à Interloire nouvelle mouture.

5 centimes, l’économie réalisée sur les cotisations pour les vignerons.