De la taille à la vendange : des pratiques enracinées, vectrices d’identité
La taille de la vigne : l’art de la mesure et du geste transmis
Dans le Val de Loire, la taille Guyot simple ou double règne encore en maître sur de très nombreuses appellations – du Muscadet au Chinon, du Saumur au Touraine. Ce choix, non anodin, s’explique non seulement par le climat local, la vigueur du sol ou le type de cépage, mais aussi par la tradition familiale, chaque domaine défendant parfois “sa” silhouette de vigne, héritée de générations. Si la Guyot produit souvent moins de bois, elle protège les bourgeons du gel printanier, si redouté en Loire. Près de 70% des parcelles en Anjou seraient travaillées ainsi, selon l’étude de l’INRAE publiée en 2023 (INRAE).
Certaines familles continuent aussi de pratiquer la taille à la cordon de Royat, conservant ainsi la mémoire des ceps centenaires qui ponctuent de rares clos. Là, l’attachement au “joli flux de sève” n’est pas qu’un réflexe technique : il est un rituel, un récit. La transmission se fait à la vigne, de l’aîné à l’apprenti, le geste ajusté à la parcelle et aux caprices du millésime. Et, surtout, il offre cette constance qui fait la signature d’une maison.
Vendanges manuelles versus machines : la force du collectif
Si la mécanisation a conquis près de 85% des surfaces vendangées en Val de Loire selon InterLoire (2022), la cueillette manuelle persiste dans nombre de domaines, du Savennières à Vouvray. Pourquoi ? Au-delà de la recherche qualitative, le maintien de ces vendanges “à la main” est aussi l’expression d’une tradition communautaire. Vendanger ensemble, c’est raviver l’esprit des grands repas partagés, c’est perpétuer le “coup de main” offert entre voisins le temps d’une matinée, c’est inscrire la récolte dans un temps de fête et d’entraide. Certains domaines, comme le Château de Brézé ou le Clos Rougeard, en font même un argument identitaire fort.
- La cueillette manuelle permet le tri à la parcelle, héritage d’un savoir-faire pointu et du respect du fruit.
- La dimension collective, source de transmission orale, continue d’attirer de jeunes vignerons en quête de liens et de sens.
- Des événements tels que les “Caves Ouvertes” à Saint-Nicolas-de-Bourgueil, chaque automne, entretiennent cette convivialité séculaire.